LoLiTa : Logiciels Libres à Tahiti et dans les îles
Sur le Web

Framablog

Le blog de framasoft


Articles les plus récents

Être un géant du mail, c’est faire la loi…

vendredi 17 février 2017 par framasoft

Google, Yahoo, Microsoft (Outlook.com & Hotmail) voient forcément vos emails. Que vous soyez chez eux ou pas, nombre de vos correspondant·e·s y sont (c’est mathématique !), ce qui fait que vos échanges finissent forcément par passer sur leurs serveurs. Mais ce n’est pas là le seul problème.

Quand les facteurs deviennent shérifs…

« Bonjour, c’est moi qui fais la loi ! »
Par Mennonite Church USA ArchivesAlta Hershey, Incoming Mail, 1957, No restrictions, Link

Ça, c’est côté public : « Tout le monde est chez eux, alors au final, que j’y sois ou pas, qu’est-ce que ça change ? ». En coulisses, côté serveurs justement, ça change tout. La concentration des utilisateurs est telle qu’ils peuvent de fait imposer des pratiques aux « petits » fournisseurs d’emails, de listes de diffusion, etc. Ben oui : si vous ne respectez pas les exigences de Gmail, les emails que vous enverrez vers tou·te·s leurs utilisateurs et utilisatrices peuvent passer en spam, voire être tout bonnement bloqués.

Comme pour Facebook, on se trouve face à un serpent qui se mord la queue : « Tous mes amis sont dessus, alors je peux pas aller sur un autre réseau… » (phrase entendue lors des début de Twitter, Instagram, Snapchat, et Framasphère*…). Sauf qu’en perdurant chez eux, on devient aussi une part de la masse qui leur confère un pouvoir sur la gouvernance – de fait – d’Internet !

Il n’y a pas de solutions idéale (et, s’il vous plaît, ne jugeons pas les personnes qui participent à ces silos… elles sont souvent pas très loin dans le miroir ) ; mais nous pensons que prendre conscience des enjeux, c’est faire avancer sa réflexion et sa démarche vers plus de libertés.

Nous reprenons donc ici un article de Luc, notre administrateur-système, qui a partagé sur son blog son expérience de « petit » serveur d’email (à savoir Framasoft, principalement pour Framalistes) face à ces Léviathans. Luc ayant placé son blog dans le domaine public, nous nous sommes permis de remixer cet article avec des précisions qu’il a faites en commentaires et des simplifications/explications sur les parties les plus techniques (à grands coups de notes intempestives  ).

Le pouvoir de nuisance des silos de mail

Crédits : Illus­tra­tion de Vincent Van Gogh, Joseph Roulin assis

par Luc Didry, aka Framasky.

Quand on pense aux GAFAM, on pense surtout à leur vilaine habi­tude d’as­pi­rer les données de leurs utili­sa­teurs (et des autres aussi d’ailleurs) mais on ne pense pas souvent à leur poids déme­suré dans le domaine du mail.

Google, c’est gmail, Micro­soft, c’est hotmail, live, msn et je ne sais quels autres domaines, etc. [Outlook.com. On l’oublie souvent. – Note du Framablog]

Tout ça repré­sente un nombre plus que consé­quent d’uti­li­sa­teurs. Google reven­diquait en 2015 900 millions de comptes Gmail. Bon OK, il y en a une part qui ne doit servir qu’à avoir un compte pour son téléphone Android, mais quand même. C’est énorme.

Je n’ai pas de statis­tiques pour Micro­soft et Yahoo, mais c’est pareil : ils pèsent un certain poids dans les échanges mondiaux [nous, on en a trouvé : 1,6 milliard de comptes à eux trois en 2016 – NdF].

Ce qui nous ramène à une situa­tion des plus déplai­santes où un petit nombre d’ac­teurs peut en em***er une multi­tude.

WARNING : la liste à puce qui suit contient des exemples techniques un poil velus. Nos notes vous aideront à y survivre, mais vous avez le droit de la passer pour lire la suite des réflexions de Luc. Ah, et puis il a son franc-parler, le loustic. ^^ – NdF.

Petits exemples vécus :

  • Micro­soft bloque tout nouveau serveur mail qu’il ne connaît pas. C’est arrivé pour mon serveur perso, le serveur de mail de Frama­soft que j’ai mis en place, sa nouvelle IP [l’adresse qui permet d’indiquer où trouver un serveur – NdF] quand je l’ai migré, le serveur de listes de Frama­soft et sa nouvelle IP quand je l’ai migré. Ça me pétait une erreur 554 Message not allowed (de mémoire, je n’ai plus le message sous la main) [erreur qui fait que l’email est tout bonnement refusé – NdF]. Et pour trou­ver comment s’en débrouiller, bon courage : la page d’er­reur de Micro­soft n’in­diquait rien. Je n’ai même pas trouvé tout seul (et pour­tant j’ai cher­ché) : c’est un ami qui m’a trouvé la bonne adresse où se faire dé-black­lis­ter (notez au passage qu’il est impos­sible de faire dé-black­lis­ter une adresse ou un bloc d’adresses IPv6 [la nouvelle façon d’écrire les adresses IP, indispensable face à la croissance du nombre de machines connectées à Internet – NdF]).
  • Gmail qui, du jour au lende­main, décide de mettre tous les mails de mon domaine person­nel en spam. Ce qui ne serait pas trop gênant (hé, les faux posi­tifs, ça existe) si ce n’était pour une raison aber­rante (ou alors c’est une sacrée coïn­ci­dence) : ça s’est passé à partir du moment où j’ai activé DNSSEC [une façon de sécuriser les échanges avec les serveurs DNS [ces serveurs sont les annuaires qui font correspondre une adresse web avec l’adresse IP difficile à retenir pour les humains – NdF²]] sur mon domaine. Et ça s’est terminé dès que j’ai ajouté un enre­gis­tre­ment SPF [une vérification que les emails envoyés ne sont pas usurpés – NdF] à ce domaine. Or le DNSSEC et le SPF n’ont rien à voir ! Surtout pas dans cet ordre-là ! Qu’on ne fasse confiance à un enre­gis­tre­ment SPF que dès lors que le DNS est de confiance (grâce à DNSSEC), soit, mais pourquoi néces­si­ter du SPF si on a du DNSSEC ? [Oui, pourquoi ? – NdF qui laisse cette question aux spécialistes]
  • Yahoo. Ah, Yahoo. Yahoo a décidé de renfor­cer la lutte contre le spam (bien) mais a de fait cassé le fonc­tion­ne­ment des listes de diffu­sion tel qu’il était depuis des lustres (pas bien). En effet, quand vous envoyez un mail à une liste de diffu­sion, le mail arrive dans les boîtes des abon­nés avec votre adresse comme expé­di­teur, tout en étant envoyé par le serveur de listes [le serveur de listes se fait passer pour vous, puisque c’est bien vous qui l’avez envoyé par son intermédiaire… vous suivez ? – NdF]. Et Yahoo a publié un enre­gis­tre­ment DMARC [une sécurité de plus pour l’email… heureusement que Luc a mis des liens wikipédia, hein ? – NdF] indiquant que tout mail ayant pour expé­di­teur une adresse Yahoo doit impé­ra­ti­ve­ment prove­nir d’un serveur de Yahoo. C’est bien gentil, mais non seule­ment ça fout en l’air le fonc­tion­ne­ment des listes de diffu­sion, mais surtout ça met le bazar partout : les serveurs de mail qui respectent les enre­gis­tre­ments DMARC appliquent cette règle, pas que les serveurs de Yahoo. Notez qu’AOL fait la même chose.
  • Orange fait aussi son chieur à coup d’er­reurs Too many connections, slow down. OFR004_104 [104] [« trop de connexions, ralentissement », une erreur qui fait la joie des petits et des grands admin-sys – NdF]. C’est telle­ment connu que le moteur de recherche Google suggère de lui-même wanadoo quand on cherche Too many connections, slow down. Voici la solu­tion que j’ai utili­sée.

Pour s’en remettre, voici une image qui fait plaisir…

On peut le voir, le pouvoir de nuisance de ces silos est énorme. Et plus encore dans le cas de Yahoo qui n’im­pacte pas que les commu­ni­ca­tions entre ses serveurs et votre serveur de listes de diffu­sion, mais entre tous les serveurs et votre serveur de listes, pour peu que l’ex­pé­di­teur utilise une adresse Yahoo [on confirme : dès qu’une personne chez Yahoo utilisait Framalistes, ça devenait un beau bord… Bref, vous comprenez. Mais Luc a lutté et a fini par arranger tout cela. – NdF]. Et comme il y a encore pas mal de gens possé­dant une adresse Yahoo, il y a des chances que vous vous rencon­triez le problème un jour ou l’autre.

Je sais bien que c’est pour lutter contre le spam, et que la messagerie propre devient si compliquée que ça pourrait limite devenir un champ d’expertise à part entière, mais le problème est que quand un de ces gros acteurs tousse, ce sont tous les administrateurs de mail qui s’enrhument.

Si ces acteurs étaient de taille modeste, l’en­semble de la commu­nauté pour­rait soit leur dire d’ar­rê­ter leurs bêtises, soit les lais­ser crever dans leurs forte­resses injoi­gnables. Mais ce n’est malheu­reu­se­ment pas le cas.  « À grand pouvoir, grandes responsabilités »… Je crois avoir montré leur pouvoir de nuisance, j’aimerais qu’ils prennent leurs responsabilités.

Ils peuvent dicter leur loi, de la même façon qu’Internet Explorer 6 le faisait sur le web il y a des années et que Chrome le fait aujourd’hui (n’ayez pas peur, le titre de la vidéo est en anglais, mais la vidéo est en français). C’est surtout ça qui me dérange.

Une seule solu­tion pour faire cesser ce genre d’abus : la dégoo­gli­sa­tion ! Une décen­tra­li­sa­tion du net, le retour à un Inter­net d’avant, fait de petites briques et pas d’im­menses pans de béton.

 

PS : ne me lancez pas sur MailInB­lack, ça me donne des envies de meurtre.


Chez soi comme au bureau, les applications vampirisent nos données

On n’en peut plus des applis ! Depuis longtemps déjà leur omniprésence est envahissante et nous en avons parlé ici et . Comme le profit potentiel qu’elles représentent n’a pas diminué, leur harcèlement n’a fait qu’augmenter

Aujourd’hui un bref article attire notre attention sur les applications comme vecteurs d’attaques, dangereuses tant pour la vie privée que pour la vie professionnelle.

Avertissement : l’auteur est vice-président d’une entreprise qui vend de la sécurité pour mobile…aux entreprises, d’où la deuxième partie de son article qui cible l’emploi des applications dans le monde du travail, et où manifestement il « prêche pour sa paroisse ».

Il nous a semblé que sa visée intéressée n’enlève rien à la pertinence de ses mises en garde.

Article original paru dans TechCrunch : Attack of the apps

Traduction Framalang : dodosan, goofy, savage, xi,  Asta

Quand les applis attaquent

par Robbie Forkish

Ça paraît une bonne affaire : vos applis favorites pour mobile sont gratuites et en contrepartie vous regardez des pubs agaçantes.

Mais ce que vous donnez en échange va plus loin. En réalité, vous êtes obligé⋅e de céder un grand nombre d’informations privées. Les applications mobiles collectent une quantité énorme de données personnelles : votre emplacement, votre historique de navigation sur Internet, vos contacts, votre emploi du temps, votre identité et bien davantage. Et toutes ces données sont partagées instantanément avec des réseaux de publicité sur mobile, qui les utilisent pour déterminer la meilleure pub pour n’importe quel utilisateur, en tout lieu et à tout moment.

Donc le contrat n’est pas vraiment d’échanger des pubs contre des applis, c’est plutôt de la surveillance sur mobile contre des applis. En acceptant des applis gratuites et payées par la pub sur nos mobiles, nous avons consenti à un  modèle économique qui implique une surveillance complète et permanente des individus. C’est ce qu’Al Gore appelait très justement une économie du harcèlement.

Pourquoi nos données personnelles, notre géolocalisation et nos déplacements sont-ils tellement convoités par les entreprises commerciales ? Parce que nous, les consommateurs, avons toujours et partout notre smartphone avec nous, et qu’il transmet sans cesse des données personnelles en tout genre. Si les annonceurs publicitaires savent qui nous sommes, où nous sommes et ce que nous faisons, ils peuvent nous envoyer des publicités plus efficacement ciblées. Cela s’appelle du marketing de proximité. C’est par exemple la pub du Rite Aid (NdT chaîne de pharmacies) qui vous envoie un message téléphonique quand vous circulez dans les rayons : « Vente flash : -10 % sur les bains de bouche ! »

Ça paraît inoffensif, juste agaçant. Mais cela va bien plus loin. Nous avons maintenant accepté un système dans lequel un site majeur de commerce en ligne peut savoir par exemple, qu’une adolescente est enceinte avant que ses parents ne le sachent, simplement en croisant les données de ses achats, son activité et ses recherches. Ce site de vente en ligne peut alors la contacter par courrier traditionnel ou électronique, ou encore la cibler via son téléphone lorsqu’elle est à proximité d’un point de vente. Nous n’avons aucune chance de voir disparaître un jour cette intrusion dans notre vie privée tant que le profit économique sera juteux pour les développeurs d’applications et les agences de publicité.

Un smartphone compromis représente une menace pas seulement pour l’employé visé mais pour l’entreprise tout entière.

D’accord, cette forme de surveillance du consommateur est intrusive et terrifiante. Mais en quoi cela menace-t-il la sécurité de l’entreprise ? C’est simple. À mesure que les appareils mobiles envahissent le monde du business, les fuites de ces appareils ouvrent la porte de l’entreprise aux piratages, aux vols de données et à des attaques paralysantes.

Si par exemple une entreprise laisse ses employés synchroniser leurs agendas et comptes mail professionnels avec leurs appareils mobiles personnels, cela ouvre la porte à toutes sortes de risques. D’un coup, les téléphones des employés contiennent les informations de contact de tout le monde dans l’organisation ou ont la possibilité d’y accéder. À fortiori, n’importe quelle autre application mobile qui demandera l’accès aux contacts et agendas des employés aura accès aux noms et titres des employés de la compagnie, aussi bien qu’aux numéros de toutes les conférences téléphoniques privées. Cette information peut facilement être utilisée pour une attaque par hameçonnage par une application malveillante ou un pirate.

Elles sont jolies les applis, non ? – Image créée par Tanja Cappell (CC BY-SA 2.0)

Pire, de nombreuses applications monétisent leurs bases d’utilisateurs en partageant les données avec des réseaux publicitaires qui repartagent et mutualisent les données avec d’autres réseaux, aussi est-il impossible de savoir exactement où vont les données et si elles sont manipulées de manière sécurisée par n’importe laquelle des nombreux utilisateurs y ayant accès. Tous ces partages signifient qu’un pirate malveillant n’a même pas besoin d’avoir accès au téléphone d’un employé pour attaquer une entreprise. Il lui suffit de pirater un réseau publicitaire qui possède les informations de millions d’utilisateurs et de partir de là.

Les informations volées peuvent aussi être utilisées pour pirater une entreprise au moyen d’une attaque de point d’eau. Supposons par exemple que des membres du comité de direction déjeunent régulièrement dans le même restaurant. Un attaquant qui a accès à leurs données de localisation pourrait facilement l’apprendre. L’attaquant suppose, à raison, que certains membres vont sur le site du restaurant pour réserver une table et regarder le menu avant le repas. En introduisant du code malveillant sur ce site mal défendu, l’attaquant peut compromettre l’ordinateur de bureau ou le téléphone d’un ou plusieurs membres du comité de direction, et de là, s’introduire dans le réseau de l’entreprise.

Un smartphone compromis représente une menace non seulement pour l’employé ciblé mais pour l’entreprise dans son entier. Des informations sur les activités des employés, à la fois pendant leur temps de travail et en dehors, combinées à des courriels, des informations sensibles ou des documents liés à l’entreprise, peuvent avoir des effets dévastateurs sur une organisation si elles tombent entre de mauvaises mains.
Que doivent donc faire les entreprises pour lutter contre cette menace ?

La première étape est d’en apprendre plus sur votre environnement mobile. Votre organisation doit savoir quelles applications les employés utilisent, ce que font ces applications et si elles sont conformes à la politique de sécurité de l’entreprise. Par exemple, existe-t-il une application de partage de documents particulièrement risquée que vous ne voulez pas que vos employés utilisent ? Est-elle déjà utilisée ? Si vous ne savez pas quelles applications vos employés utilisent pour travailler, vous naviguez à l’aveugle et vous prenez de gros risques.

Il est essentiel que votre entreprise inclue la protection contre les menaces sur mobile dans sa stratégie de sécurité générale.

Deuxièmement, vous allez avoir besoin d’une politique sur l’utilisation des appareils mobiles. La plupart des organisations ont déjà mis en place une politique pour les autres plateformes, y compris pour la gestion des pare-feux et le partage de données avec des partenaires de l’entreprise. Par exemple, si vos employés utilisent la version gratuite d’applications approuvées par l’entreprise mais avec publicité, imposez aux employés d’utiliser la version payante afin de minimiser, sinon éliminer, l’envoi aux employés de données non approuvées sous forme de publicités, même si cela n’éliminera pas la collecte incessante de données personnelles et privées.

Ensuite, votre organisation doit informer les employés sur les risques liés aux applications utilisées. Il est dans votre intérêt de donner du pouvoir aux utilisateurs en les équipant d’outils et en les entraînant afin qu’ils puissent prendre de meilleures décisions quant aux applications téléchargées. Par exemple, incitez vos employés à se poser des questions sur les applications qui demandent des permissions. Il existe beaucoup d’applications qui veulent accéder aux données de localisation, aux contacts ou à la caméra. Les employés ne doivent pas dire automatiquement oui. La plupart des applications fonctionneront très bien si la requête est rejetée, et demanderont à nouveau aux utilisateurs si la permission est vraiment nécessaire. Si une application ne dit pas pourquoi elle a besoin de cet accès, c’est mauvais signe.

Enfin, toutes ces questions peuvent être traitées avec une bonne solution de sécurité pour appareils mobiles. Toute entreprise sans solution de protection des appareils mobiles est par définition inconsciente des informations qui lui échappent et ignore d’où viennent les fuites. Elle est donc incapable de répondre aux risques présents dans son environnement. Il est donc essentiel que votre entreprise inclue la protection des appareils mobiles dans sa stratégie de sécurité afin de protéger la vie privée des employés et les données de l’entreprise de la menace toujours plus grande que représentent la surveillance des téléphones et la collecte de données.


Donnons des preuves d’amour au Logiciel Libre ! #ilovefs

mercredi 15 février 2017 par framasoft — Dégooglisons Internet, Degooglisons, FSFE, ILoveFS, logiciel libre, Planet, PlanetEdu, RezoTIC

Hier, c’était le « I love Free Software Day » (ou #ilovefs pour les intimes). Une occasion de (re-)donner du sens à la Saint-Valentin en déclarant votre amour à tou·te·s les contributeurs, développeuses, traducteurs, intégratrices, designers, autrices… bref, à toutes les personnes qui donnent de leur temps, leur énergie et leur savoir-faire pour faire vivre le Libre.

À nous de vous dire qu’on vous aime !

Souvent on aime, et on râle (sur telle fonctionnalité manquante, telle traduction malencontreuse, tel menu pas intuitif…). Pour cet article, on ne va pas râler, mais envoyer toute la reconnaissance, les encouragements et l’amour que nous portons à ces personnes qui changent nos vies (numériques, mais pas que) une touche de clavier après l’autre.

C’est bien connu : chez Framasoft, on ne développe (quasiment) pas de logiciels. On contribue, bien entendu, de plus en plus et en faisant de notre mieux… Mais il faut bien comprendre que tous les services que nous hébergeons et montrons n’existeraient pas sans les formidables communautés qui les développent, entretiennent et améliorent.

Alors nous saisissons cette occasion (avec un jour de retard -_-‘), car nous avons envie que vous vous joignez à nous pour envoyer vos messages bienveillants, vos contributions et vos dons (pour qui le peut et le veut) envers ces formidables initiatives.

Merci à la FSFe pour cette initiative, cliquez sur l’image pour aller voir leur site ;)

Tout notre amour et nos remerciements à…

NOTES :

  • Cette liste est, et sera toujours, non-exhaustive ^^
  • Nous avons fait de notre mieux pour trouver les liens de donations, parfois il n’y en a pas (tout dépend de chaque initiative), mais si vous en trouvez merci d’amender dans les commentaires, nous corrigerons.
  • De même si vous représentez les initiatives ci dessous et que vous préférez mettre en valeur d’autres liens : dites-le nous dans les com’ ;)
  • Beaucoup de liens mènent vers des sites en anglais, certains vous mèneront vers les comptes twitter des initiatives.

La communauté Etherpad pour Framapad

La communauté Ethercalc pour Framacalc

La communauté Wisemapping pour Framindmap

Les « Logiciels du chapeau » (Lutim, Lufi, Lstu) pour Framapic, Framadrop et Frama.link

Bon, Luc, il est un peu-beaucoup de chez nous, mais il a initialement développé ces projets sur son temps libre, et non en tant qu’administrateur système de Framasoft ;).

La communauté Shaarli (et SebSauvage) pour MyFrama

L’entreprise Nextcloud pour Framadrive et Framagenda

L’entreprise Gitlab pour Framagit

La fondation Diaspora* pour Framasphère*

Le projet Drupal-Webform pour Framaforms

Renater et la communauté Sympa pour Framalistes

La communauté OpenStreetMap & Umap (Yohan) pour Framacarte

La communauté TinyTinyRSS pour Framanews

La communauté Searx pour Framabee/Tonton Roger

La communauté Minetest pour Framinetest

Ali Asaria créateur de Scrumblr pour Framémo

La communauté Privatebin et SebSauvage (again), pour Framabin

La communauté wallabag et Nicosomb pour Framabag

Pour rappel, on a récemment parlé avec Nicolas, membre de Framasoft et créateur de wallabag, dans cet article ;)

La communauté Loomio pour Framavox

L’enterprise Jitsi et la communauté Jitsi Meet pour Framatalk

L’entreprise Mattermost pour Framateam

Frédéric Guillot et la communauté Kanboard pour Framaboard

La communauté SVG-Edit pour Framavectoriel

 

Nous tenons aussi à saluer et à couvrir d’amour Olivier et Antonin qui maintiennent, au sein de Framasoft, le développement de Framadate, ainsi que toutes les personnes dont le travail, la passion, et la ténacité font qu’on peut tous les jours continuer à mettre en valeur une belle trentaine de services et ainsi un peu plus Dégoogliser Internet.

Et on écarte les pattounes ! Allez, encore, encoooore…

 


Surveillons la surve://ance

La revue de presse de Jonas@framasoft, qui paraît quand il a le temps. Épisode No 2/n

Effacer n’est pas supprimer : votre historique de Safari demeure longtemps dans iCloud

(Source : Forbes)

Si vous pensez que la suppression de votre historique de navigation sur votre iPhone ou Mac va faire disparaître définitivement vos habitudes en ligne, vous vous trompez. Lourdement. Selon le PDG d’Elcomsoft qui commercialise un outil d’extraction des données du iPhone, Apple stocke l’historique de navigation de Safari dans le iCloud, en remontant à plus d’un an, peut-être bien davantage, même lorsque l’utilisateur a demandé qu’il soit effacé de la mémoire.

Jay Stanley, spécialiste de l’analyse des politiques de confidentialité à l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), dit que les entreprises doivent être vigilantes et suivre les bonnes pratiques en détruisant vraiment les données des utilisateurs qui le demandent.

Il rappelle : « l’historique de navigation est un ensemble de données extrêmement sensibles. Elles révèlent les centres d’intérêt des personnes, ce qui les préoccupe, un grand nombre des pensées qui les traversent, ainsi que des informations sur leur santé et leur sexualité ».

L’article se termine par une mise à jour rassurante : Apple semble avoir corrigé le problème dans la dernière version de son OS. Cependant il est conseillé aux utilisateurs soucieux de leurs données sensibles de désactiver la synchronisation de Safari avec  iCloud.

Vos comptes Gmail espionnés légalement

(source : Papergeek)

La justice vient de statuer sur les données stockées sur les serveurs de Google, dont celles du très populaire service de messagerie Gmail. Elle a donc décidé de forcer la firme à divulguer les données de n’importe lequel de ses utilisateurs quelle que soit la nationalité, que vous résidiez ou non aux États-Unis. Même si les données en question se trouvent sur des serveurs en dehors du territoire des États-Unis.

« Nersac, un poste optique ». Détail d’une carte postale française de 1910. Domaine public, image procurée par Signal mirror.

Cyber-harcèlement d’état ?

(source : The New York Times)

Au Mexique, les partisans d’une taxe sur les sodas, comme des nutritionnistes ou responsables de la santé publique, sont victimes de messages électroniques inquiétants ou menaçants. La taxe est destinée à réduire la consommation de boissons sucrées et donc l’obésité, mais elle se heurte évidemment aux pressions des géants voisins des boissons gazeuses, pressions relayées semble-t-il par le gouvernement mexicain lui-même.

Les liens envoyés étaient accompagnés d’une forme invasive de logiciels espions développée par NSO Group, un cyber-distributeur israélien qui vend ses outils d’espionnage exclusivement aux gouvernements et qui a des contrats avec plusieurs agences à l’intérieur du Mexique, comme le révèlent des fuites publiées l’an dernier par le New York Times.

NSO Group et les dizaines d’autres « espiogiciels » commerciaux qui sont apparus autour du globe au cours de la dernière décennie opèrent dans un marché largement non réglementé. Les fabricants de ces logiciels espions comme NSO Group, Hacking Team en Italie et Gamma Group en Grande-Bretagne assurent qu’ils vendent des outils uniquement aux gouvernements pour les enquêtes criminelles et terroristes.

Mais les services gouvernementaux ont toute latitude pour décider qui ils veulent on non pirater avec des outils d’espionnage qui peuvent tout pister de leur cible : tous les appels téléphoniques, les textos, les courriels, les frappes au clavier, la localisation, chaque son et chaque image.

Jonas rejeté par la baleine. Enluminure de la Bible de Jean XXII. École française du XIVe siècle – Domaine public (via Wikimédia Commons)


Chroniques du Léviathan

La revue de presse de Jonas@framasoft, qui paraît quand il a le temps

 

« Un cerveau de substitution »

Dans une interview sur les chances qu’a Qwant de rivaliser avec le moteur de recherche de Google, Éric Léandri, co-fondateur de Qwant, déclare :

Vous devez penser à l’Internet non seulement comme un moyen de communication, mais de plus en plus comme à un cerveau de substitution. Les choses qui auraient été gardées dans les limites impénétrables de votre propre esprit, ou dans le sanctuaire de votre maison, sont maintenant envoyées sur des serveurs pour que le monde ou quelques entreprises les voient. Tout ce que nous faisons est de plus en plus stocké et peut être récupéré sur demande.

 

« Votre historique de navigation suffit à dévoiler votre identité »

D’après un article de The Atlantic, une équipe de chercheurs de Stanford et Princeton a développé un système qui peut connecter votre profil Twitter avec votre nom et votre identité, en examinant seulement votre historique de recherche.

Cela signifie que conserver la confidentialité tout en utilisant Twitter est impossible sans renoncer à ce qui constitue le marqueur du réseau social : sa nature publique et gratuite pour tous.

L’article explique comment l’expérience a été menée et mentionne au passage quelles parades on peut éventuellement utiliser : Privacy Badger et Ghostery
Mais voici la fin de l’article :

Le conseil de sagesse qu’on nous donne généralement est qu’il faut être prudent avec ce que l’on partage. Mais ici, nous montrons que vous pouvez être dés-anonymisé simplement en naviguant et en suivant des comptes, même si vous ne partagez rien.

 

 « Une fois vos informations stockées, on peut les modifier et en faire ce qu’on veut »

Dans l’hebdomadaire italien La Repubblica, la journaliste Stefania Maurizi interviewe le lanceur d’alerte William Binney. Celui-ci évoque entre autres un programme pour la NSA nommé ThinThread, qu’il avait développé avec son équipe et qui permettait de cibler avec précision la surveillance en visant les activités délictueuses, tout en laissant de côté les données privées.

Quelques extraits de la conversation :

Stefania Maurizi — Après le 11 septembre, la NSA a détourné votre système, supprimé les dispositifs protégeant la vie privée et a utilisé ThinThread pour espionner la population tout entière ?
William Binney — La première chose qu’ils ont faite a été le programme « Stellar Wind » qui visait l’espionnage domestique (…) ils ont supprimé trois fonctionnalités de ThinThread dont l’une était la protection de la vie privée. Au lieu de prendre seulement les données pertinentes ou celles qui étaient très probablement pertinentes, ils ont absolument tout pris et ils ont étendu la surveillance à l’échelle de la planète.
SM — Nous avons constaté dans les seize dernière années que la surveillance de la NSA avait échoué à prévenir des attaques terroristes. Pensez-vous que ce n’est qu’une question de temps avant que la NSA ne soit capable de le faire effectivement, ou bien qu’ils n’en auront jamais les capacités ?
WB — Je pense qu’ils sont condamnés à l’échec, parce qu’ils sont enfermés dans la conviction qu’ils doivent tout collecter (…) Ils sont très bons pour collecter des données, mais ils n’ont fait aucun progrès pour essayer de savoir ce qu’ils peuvent avoir dans les données qu’ils ont collectées.[…]
Ce genre de pouvoir ne devrait pas exister pour aucun gouvernement, parce qu’il crée vraiment un état totalitaire. C’est comme la Stasi dopée aux amphétamines ; au lieu de détenir des dossiers avec des documents sur tout le monde, ils archivent tout ce que vous faites de façon électronique, si bien que le jeu d’informations est beaucoup plus complet, à jour et exploitable, et ils peuvent le manipuler, et faire de vous tout ce qu’ils veulent […]
SM — Donc le problème n’est pas seulement la collecte, mais aussi la manipulation des données ?
WB — Oui. une fois qu’on a stocké les informations, on peut les modifier et en faire ce que l’on veut.

Léviathan dans la fresque « Le Jugement dernier » de Giacomo Rossignolo – CC-BY-SA


Next INpact : bilan après un an de respect pour nos données

mercredi 8 février 2017 par framasoft — Libres Cultures, données, Interview, NextINpact, Piwik, Planet, PlanetEdu, Presse, Publicité, RezoTIC, tracking

Il y a un an, le site d’informations sur le numérique NextINpact publiait une annonce à contre-courant : davantage de respect pour les données des internautes qui le visitent, en dé-tricotant les mailles du profilage publicitaire sur son site.

À l’heure où les éditeurs de contenus cherchent à « optimiser » leurs revenus par une publicité de plus en plus intrusive, et où les publicitaires cherchent à maximiser le profilage et l’invisibilisation de la publicité, c’est une démarche pour le moins originale que de se dégoogliser de l’analytics en passant au logiciel libre Piwik… (si vous ne comprenez pas cette phrase, promis, juré, on l’explique plus loin !)

Quel modèle économique pour un site qui veut à la fois payer les salaires de ses journalistes, collaborateurs, administratifs tout en affirmant ses valeurs et respectant les données et les vies numériques de son lectorat ?

Un an plus tard, nous sautons sur l’occasion d’interroger l’équipe de Next INpact sur le bilan tiré de cette démarche, et les perspectives qui l’accompagnent.

Cliquez pour aller lire Next INpact

Bonjour NextINpact ! Pouvez-vous rapidement nous présenter votre équipe et votre site ?

Bonjour Framasoft ! Next INpact est un site dédié à l’informatique et au numérique qui existe depuis plus de 15 ans. Il a été créé par Christophe Neau sous le nom d’INpact Hardware en 2000. Il s’agissait alors pour une bande de passionnés de nouvelles technologies et de matériel informatique de partager les informations qu’ils glanaient au quotidien. Et même des vidéos rigolotes à travers nos fameux LIDD diffusés chaque dimanche, et depuis référencés sur un site.

Devant le succès du projet une société a été créée en 2003, le site est alors devenu PC INpact, puis Next INpact en 2014. Une manière pour nous de prendre en compte l’évolution majeure du secteur qui infuse notre quotidien bien au-delà du simple ordinateur qui trône dans le salon familial, le bureau ou la chambre des enfants. Christophe est toujours le gérant majoritaire de la société. Il détient 76 % des parts. Next INpact est donc l’un des rares sites de presse indépendants qui traite du numérique en France. Nous proposons aussi une offre d’abonnement Premium depuis 2009.

Notre vision du numérique est assez large, et ce depuis des années. Si nous nous sommes rapidement ouverts aux questions logicielles et aux problématiques d’hégémonies, c’est notre analyse de l’environnement juridique qui a fait notre différence lors de cette décennie. DADVSI, LCEN, HADOPI sont autant d’acronymes qui ont rythmé les débats parlementaires tout en secouant le secteur. Tout comme l’ont fait des lois plus récentes sur le renseignement par exemple. Nous avons toujours eu à cœur de suivre ces débats de près, de les analyser sur le fond, et de donner à chacun les clés lui permettant de se faire sa propre idée.

Next INpact illustrant un article sur la loi renseignement.
CC-BY-SA Digitale Gesellschaft

Nous avons toujours eu une démarche journalistique. La société a été créée comme SARL de presse dès 2003, nous avons toujours appliqué la convention collective du secteur et notre rédaction compte une dizaine de journalistes, dont une bonne partie est là depuis le début du projet. C’est notamment le cas de Marc Rees, Vincent Hermann ou David Legrand qui sont là depuis plus de 10 ans. Mais l’équipe se compose au total d’une quinzaine de personnes (développeurs, graphistes, direction, etc.) Nous sommes reconnus comme site de presse en ligne depuis quelques années maintenant, et comme titre consacré pour partie à l’Information Politique et Générale depuis l’année dernière. Nous sommes aussi membres du SPIIL (Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne).

L’autre aspect important du projet est sa communauté. Nous sommes nés sur un slogan : « Si tu ne sais pas, demande. Si tu sais, partage ». Notre communauté a toujours été importante pour nous et nous avons toujours placé le respect de nos lecteurs assez haut dans l’échelle de nos valeurs. Ce qui explique nombre de nos choix à travers le temps.

C’est aussi grâce à notre communauté que nous continuons d’exister car, plus que notre audience, elle constitue aussi notre base d’abonnés et de soutien qui permettent d’assurer notre financement et notre rentabilité. Car oui, nous sommes rentables (à deux exercices près depuis 2003).

Commençons par la technique : il y a un an, vous avez choisi de passer de Google Analytics (outil d’analyse du comportement des internautes sur votre site, fourni par Google) à Piwik (logiciel libre permettant des analyses similaires, que nous utilisons aussi chez Framasoft)… Quel travail cela vous a-t-il demandé et quelles conséquences voyez-vous un an après ?

Historiquement nous utilisions Google Analytics pour une raison simple : l’outil est complet, gratuit et plutôt efficace. Mais il nous faut assurer une certaine cohérence. Nous ne pouvons pas avoir un regard critique sur le tracking de masse opéré par le secteur publicitaire et les GAFA sans regarder ce qu’il se passe à notre propre échelle. Analytics, comme d’autres scripts du genre, est ainsi une solution permettant à des sociétés de suivre les internautes de manière presque constante avec l’aide des sites. C’est d’ailleurs le manque de remise en question des éditeurs sur ces problématiques qui incite les lecteurs à utiliser des bloqueurs en tous genres, et les navigateurs à renforcer la mise en place de leurs solutions « anti-tracking » (comme le fait Mozilla depuis quelque temps maintenant).

Nous avons donc procédé en plusieurs étapes ces dernières années afin d’en arriver à la situation actuelle. Nous avons tout d’abord permis à nos abonnés de se passer de l’ensemble de ce qui pouvait être assimilé à des trackers sur nos pages. Outre la publicité, cela comprenait les scripts Analytics et de calcul des partages sur les réseaux sociaux. Une partie de ces options était ouverte à tous nos membres. Nous avons ensuite pris en compte le signal Do Not Track pour cette désactivation afin que même ceux qui ne disposent pas d’un compte puisse en profiter.

Mais soyons honnêtes. Pour un éditeur, disposer de statistiques fiables est important. Cela nous permet de comprendre comment les lecteurs utilisent le site, quels sont les contenus les plus lus, depuis quelles sources, etc. Ici, l’analyse ne se fait pas au niveau de chaque lecteur mais bien sur une tendance globale et sur des données anonymes. Pendant longtemps, nous avons été sans vraiment de solution alternative à Analytics. Lors de nos échanges avec la CNIL sur la question des cookies, nous avons eu l’occasion de découvrir le projet, et de le tester. Une fois qu’il nous a paru suffisamment mature, nous l’avons mis en place.

Les conseils de la CNIL qui donnent faim.

Nous l’avons d’ailleurs fait en suivant les recommandations de la CNIL qui impose notamment de ne pas récupérer les IP entières. Cela n’empêche pourtant pas des listes comme Easy Privacy de bloquer le script, ce qui ne nous permet pas de connaître le niveau de notre audience totale. Preuve que les engagements en matière de respect de la vie privée ne sont pas toujours reconnus.

Il n’y avait pas de défi technique particulier, mais il ne faut pas s’attendre à voir une majorité d’éditeurs l’utiliser demain. Ne serait-ce que pour les interactions qui existent entre Analytics et des solutions comme Adwords/Adsense ou des fonctionnalités très avancées qui ne sont pas encore en place dans un outil comme Piwik.

Au final, le problème nous semble plutôt se situer du côté du fait que Google peut utiliser les données d’Analytics pour les recouper. La CNIL devrait imposer que ce ne soit pas le cas à tout dispositif d’analyse des statistiques. Car si l’on focalise sur Analytics, nombreux sont les autres outils du genre qui font la même chose à moindre échelle.

Question technique (parce qu’il y en a un chez nous qui n’est content que quand ça parle de technique) : j’imagine que pour encaisser un trafic de la taille du vôtre, il a fallu configurer Piwik aux petits oignons. Nous c’est le plugin QueuedTracking qui nous a sauvé la mise. Et vous ? Vous auriez une petite recette magique à partager ?

Pierre-Alain (notre CTO) a un mantra : REDIS POWA !

Vous êtes allés plus loin en activant le HTTPS (connexion sécurisé sur votre site) et la prise en compte de DoNotTrack (option du navigateur pour demander aux sites de ne pas traquer nos données). Est-ce un choix évident pour un éditeur de contenus ? Un an après, quelles conclusions pouvez-vous en tirer ?

Là encore, il s’agissait d’une réflexion sur le long terme et d’une volonté de faire mieux pour le lecteur, tout en étant cohérents avec nos propres analyses. Pour HTTPS, notre premier souci était de sécuriser la phase de connexion à nos sites. En effet, encore maintenant lorsque vous entrez un mot de passe dans un formulaire de connexion, celui-ci est souvent transmis en clair dans une requête HTTP. Si vous êtes chez vous sur un réseau filaire, ce n’est pas tellement un souci. Mais dans un environnement Wi-Fi, potentiellement public (et donc non chiffré, en entreprise, etc.), cela peut être un danger, que les navigateurs commencent seulement à mettre en avant de manière assez discrète.

Lors de la préparation de la mise en place de la v6 du site début 2014, nous avons donc séparé notre gestionnaire de compte et d’abonnement qui est passé intégralement en HTTPS. Ce choix là ne devrait pas avoir à être évident ou non, tous les sites qui proposent une connexion devraient le faire avec HTTPS d’activé, et tous les navigateurs devraient afficher une alerte importante lorsque ce n’est pas le cas.

D’ailleurs, pour ça, il y a l’extension HTTPS Everywhere ;)

Ensuite nous avons migré nos abonnés Premium. Pourquoi eux seulement ? En raison de la publicité. Comme nombre d’éditeurs, notre régie ne supportait pas HTTPS, et l’activer pour tous les utilisateurs revenait à se couper de ces revenus, et donc à mettre la clef sous la porte. Cela nous permettait aussi de tester l’impact sur notre site (performances, mixed content, etc.) sur une partie de l’audience seulement. Nous avons donc fait au mieux, et même développé notre propre solution de distribution de la publicité que nous testons depuis quelques mois. Entre temps, notre prestataire a activé un support d’HTTPS que nous avons pu généraliser à la fin de l’année dernière.

Concernant Do Not Track, cela découle aussi de nos échanges avec la CNIL qui est active sur ce terrain même si ce n’est pas toujours très visible. Cela nous permet de respecter une volonté exprimée de l’utilisateur. On ne peut d’ailleurs que regretter que le standard ne soit pas plus complet et finalisé, afin qu’il puisse être réellement exploitable. Avec la mise en place du règlement européen sur les données, ce serait pourtant un formidable outil. De notre côté, nous avons la volonté de l’étendre ne serait-ce que pour bloquer certains modules intégrés parfois à nos contenus sans action de l’utilisateur (tweets, vidéos, etc.). Mais cela nous demande une modification technique un peu lourde, il faudra donc attendre encore un peu.

Enfin, vous n’avez pas aboli la publicité sur votre site, mais l’avez radicalement modifiée afin d’avoir des pratiques responsables. C’est quoi, selon vous, une publicité numérique responsable, et est-ce que les annonceurs publicitaires jouent le jeu ou le boudent ?

C’est une bonne question. Il y a sans doute autant de définitions de la publicité responsable qu’il y a d’acteurs qui proposent des solutions publicitaires. On a d’ailleurs déjà vu certains acteurs vanter leur nouvelle trouvaille vidéo comme un meilleur respect de l’internaute malgré une lecture automatique. Un comble, non ?

De notre côté nous avons constamment renforcé notre attention sur ce sujet, quitte à parfois nous mettre des bâtons dans les roues économiquement.

La responsabilité au niveau publicitaire se situe selon nous à deux niveaux : au niveau des formats mais aussi de l’image du site et de sa rédaction.

Ainsi, avec le temps nous avons banni de nombreuses solutions : Flash, interstitiels, vidéos, campagnes avec du son, etc. Plus récemment, notre engagement a été simple : des images fixes, pas de trackers. Si sur ce dernier point nous sommes en train de mettre la dernière touche, vous pouvez aller sur Next INpact et regarder le compteur, même sans DNT vous serez entre 0 et 5 trackers avec presque aucun cookie inutile. Tentez de faire la même chose avec le site d’un grand média national. Vous aurez de quoi vous faire peur tant ils ne maîtrisent plus ce qu’ils diffusent sur leurs sites.

Le second point est celui de l’éthique. Il y a quelques années, des marques sont venues nous voir pour nous demander de diffuser des publicités dans des formats qui ressemblent à des articles, vantant leur produit. Nous avons toujours refusé. L’histoire nous a montré depuis que cela n’a pas été le choix de tous, et que la frontière entre l’information et la publicité est de plus en plus poreuse, sans toujours une très grande clarté. Mais quand bien même cela serait indiqué, l’internaute peut être trompé par ce genre de dispositif. Nous nous y refusons donc malgré leur côté diablement lucratif.

Lorsque nous avons compris que ce choix aurait un impact sur nos finances en 2013, nous avons fait un pari : celui de renforcer la qualité de notre offre éditoriale et de limiter l’accès à certains de nos contenus à nos seuls abonnés Premium pendant une durée d’un mois. Aujourd’hui, nous comptons plus de 6500 abonnés (contre moins de 1000 au début de l’aventure).

Il ne faut pas oublier que la course à la publicité est aussi la course à l’audience.

On parle depuis quelque temps des « fakes news » et autre « clickbait ». Ils ne sont que le résultat de ça. La plupart des articles diffusés aujourd’hui sur des sites ne sont pas le résultat d’un choix éditorial animé par la volonté de faire connaître une information. Seulement la réponse à une question simple : « avec quels titres vais-je pouvoir faire venir des millions d’internautes sur mon site aujourd’hui, ne serait-ce que quelques secondes ? »

C’est aussi pour cela que l’on assiste à une baisse de qualité globale dans le contenu des sites qui misent uniquement sur l’accès gratuit, alors que des sites comme Arrêt sur images, Les Jours ou même Mediapart rencontrent un franc succès.

La démarche de l’abonnement est différente. Vous devez convaincre votre lecteur de votre intérêt, de l’utilité de votre démarche. Pour cela, il faut produire du contenu de fond (fut-il en accès libre, ce qui est le cas de nos analyses sur les élections ou la question du chiffrement par exemple).

« À chaque partage d’un article de Fake News, naît un chaton plus intelligent que vous. »

Quelle a été la réaction de votre lectorat à une telle annonce ? Cela a-t-il évolué en un an ?

Notre lectorat accueille forcément bien ce genre de nouvelles. Pour nous, le défi c’est de réussir à satisfaire notre communauté et à suivre notre voie, tout en gardant un modèle économique viable. Ce n’est pas toujours simple. Car aller rencontrer des annonceurs en leur proposant de simples images alors que d’autres proposent des habillages vidéo vendus aux enchères avec un ciblage parfois très avancé, ce n’est forcément pas à notre avantage.

Mais certains annonceurs sont aussi sensibles à ces questions. L’IAB est d’ailleurs l’un des acteurs qui avance le plus dans le même sens que nous. Malheureusement, ils sont largement en avance sur les mentalités de leurs membres et du secteur.

Il faut dire que la publicité n’est pas la seule source de revenu et de soutien pour votre site… Vous pouvez nous décrire votre modèle économique ?

Comme évoqué précédemment, nous proposons un abonnement Premium depuis 2009. Celui-ci représente désormais un quart de notre chiffre d’affaires. Le reste est partagé entre la publicité et nos autres services (bons plans et comparateurs que nous proposons en y infusant nos valeurs).

Nous ne demandons, ni ne touchons aucune aide directe de l’état ou de fonds privés (comme ceux de Google, de la fondation Gates, etc.)

La-question-qui-pique : si certains de vos articles sont financés par la communauté, via des abonnements, est-ce qu’il ne vous parait pas logique de les reverser à la communauté, par le biais de licences libres ?

La question est tout à fait légitime, au contraire. Pour autant, il ne faut pas oublier que les articles financés par les abonnés ne le sont pas par la communauté au sens large, la question d’une licence libre ou non n’est donc pas lié à notre modèle. Nous avons d’ailleurs fait le choix d’opter pour un paywall qui n’est pas permanent puisqu’au bout d’un mois maximum, tous nos articles sont en accès libre. Nous faisons aussi le choix de laisser dès le départ certains articles en accès libre lorsqu’ils nous paraissent d’intérêt public.

Concernant le choix d’une licence libre, c’est une question qui s’est posée un temps en interne, mais qui n’a jamais été vraiment tranchée. Notamment parce que notre matière est principalement de l’actualité chaude, qui ne fait que rarement l’objet de reprises globales. Nous avons néanmoins une pratique assez ouverte sur ce point. Outre le droit de courte citation propre à la presse, nous ne refusons jamais une reprise non commerciale, ou dans des manuels scolaires, etc.

Mais avec la montée en puissance des dossiers au long court, comme celui qui est actuellement en diffusion sur la question du chiffrement, la question s’est à nouveau posée à nous. Nous tenterons d’y apporter une réponse, notamment à travers certains de nos projets.

Voyez, Next INpact, les yeux de ces libristes remplis d’espoir à l’idée que certains de vos articles passent sous licence libre ;)

Ces choix que vous avez appliqués se veulent respectueux de la vie numérique des internautes… Mais vous allez plus loin en souhaitant que d’autres sites web / éditeurs de contenus vous rejoignent et en proposant de les accompagner dans cette démarche. Cela s’est fait ? Si je fais partie de (au hasard) Madmoizelle ou de ArrêtsSurImages, comment je peux faire pour suivre votre exemple ?

Nous avons une approche assez ouverte de nos différentes démarches. C’est notamment le sens de notre implication au SPIIL ou à des conférences dans le secteur de la presse. À notre niveau, nous travaillons essentiellement sur des propositions techniques, comme notre solution de distribution de la publicité, ou notre projet d’abonnement unifié La Presse Libre. C’est aussi la mise en place de ces solutions que nos abonnés soutiennent puisque nous finançons tout en propre. Ainsi, les éditeurs qui veulent nous rejoindre dans notre démarche peuvent simplement venir nous rencontrer au SPIIL ou nous contacter.

Entre les bloqueurs de pubs (de type Ublock Origin), les anti-bloqueurs de pub qui fleurissent sur les sites web, et les anti-anti-bloqueurs de pubs… On a l’impression d’une course à l’armement dans un dialogue de sourds… Quelles évolutions voyez-vous dans ce domaine pour sortir de ce cercle vicieux ?

Nous avons du mal à être optimiste sur ce terrain. Déjà parce que les éditeurs sont encore relativement sourds sur ces questions et ont du mal à comprendre qu’ils sont les principaux artisans de leur malheur. Certes des acteurs comme l’IAB évoluent dans leur position, mais pas leurs membres et les acteurs du marché publicitaire. Preuve en est, les éditeurs en sont encore à miser sur le blocage de l’accès à leur site, proposant le plus souvent comme alternative des pages avec des centaines de trackers et de cookies tiers.

De l’autre, ceux qui gèrent les listes de blocage ne font pas toujours preuve d’un grand discernement. Ainsi, un site comme Next INpact, malgré ses engagements en termes de vie privée et de gestion raisonnable de la publicité sera bloqué comme n’importe quel autre via EasyList FR ou Easy Privacy. Si chacun dit être à l’écoute de l’internaute, nous avons du mal à voir la possibilité d’une conciliation, qui ne se décidera de toutes façons pas à notre niveau.

Nous traitons de ces questions d’un point de vue éditorial, nous cherchons à évangéliser les différents acteurs, nous multiplions les initiatives qui permettent de faire émerger des modèles hors de la simple publicité. Nous tentons de jouer notre rôle à notre niveau, en espérant que chacun finira par faire de même.

Un an après, est-ce que vous avez envie de rétro-pédaler, de simplement continuer comme ça parce que ma foi c’est déjà bien, ou d’aller encore plus loin dans votre démarche (et si oui comment) ?

Rétro-pédaler, sûrement pas. Mais nous réfléchissons constamment à trouver des manières d’améliorer les choses. ;)

Le collectif pour soutenir et s’abonner à une presse indépendante.
(attention : « libre » fait ici référence à la liberté éditoriale, non aux licences libres)

En parallèle de cette évolution, vous avez voulu booster les sites web qui proposent de l’information sous abonnement avec le projet collectif La Presse Libre… C’est quoi, exactement ?

La Presse Libre est un projet sur lequel nous travaillons depuis plus de quatre ans maintenant. Il part d’un constat simple : le modèle de l’abonnement se généralise, mais il est souvent compliqué de sauter le pas, de trouver des sites qui proposent un tel modèle avec de l’information de qualité et aucun kiosque numérique n’existe pour les sites en ligne. Comme personne ne semblait décidé à le faire, et que nous ne voulions pas que cette absence d’initiative profite une fois de plus aux GAFA, nous avons décidé de créer notre propre plateforme.

Ainsi, vous pouvez vous abonner assez facilement à plusieurs sites de presse avec un seul paiement mensuel et une réduction. Avec un même budget vous pouvez donc soutenir plus de titres de presse. C’est sans engagement, vous pouvez ajouter ou retirer un site à tout moment et la grande majorité des revenus finance les éditeurs plutôt que la plateforme elle-même. Actuellement nous comptons six sites membres, mais nous espérons bien voir ce chiffre grossir cette année. Nous portons ce projet avec Arrêt sur images et Alternatives économiques avec qui nous avons créé un GIE afin de disposer d’une gestion collégiale.

Concrètement, si jamais on veut soutenir votre démarche, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Abonnez-vous, surtout que l’on propose de superbes goodies ! Autrement, vous avez la possibilité de nous soutenir à travers le don via la plateforme J’aime l’info, qui est en partie défiscalisable en raison de notre statut de presse d’Information Politique et Générale.

La coutume sur le Framablog, c’est de vous laisser le mot de la fin…

TGEgbGliZXJ0w6kgdmFpbmNyYSAh

 

Pour aller plus loin


openSUSE, une distribution méconnue

jeudi 26 janvier 2017 par framasoft — Interview, Libres Logiciels, Migration, Distribution, GNU/Linux, openSUSE, Planet, RezoTIC

À force de les rencontrer sur des événements libristes comme les RMLL et POSS, nous avons demandé aux ambassadeurs français d’openSUSE de nous parler de leur distribution GNU/Linux.

logo opensuseSalut ! Présentez-vous. Comment justifiez-vous votre existence ?

Nicolas : Je viens d’un monde pur Windows. Un jour j’ai dû monter un petit serveur web où je devais installer une version Linux de mon choix sans rien y connaître. J’ai trouvé un tuto openSUSE 10.3 expliquant comment installer un serveur Apache + PhP en deux clics avec Yast-HTTP et je suis tombé dedans. Ensuite j’ai voulu tester sur mon PC pour virer mon Windows XP LSD (si, si…). J’ai commencé en 2005 avec un dual boot pour terminer exclusivement sous openSUSE depuis 2008. J’ai pris part à la communauté, puis à la création de l’association loi 1901 en 2012 en tant que secrétaire. L’an dernier j’ai repris le flambeau en devenant président.

Formaliser une association pour la promotion d’openSUSE en France était une nécessité pour faciliter la présence des membres et ambassadeurs openSUSE aux salons. Ils étaient reconnus par le programme openSUSE international mais pas forcément légitimes vis-à-vis des organisateurs locaux. On a un système d’adhésion qui couvre le budget hébergement. Quant aux goodies en version française et les clés USB, on vend à prix coûtant pour autofinancer les rééditions. Une année on était en galère mais on a eu la chance d’avoir du sponsoring de SUSE France qui nous soutient quand ils le peuvent, que ce soit financièrement ou matériellement au travers de goodies, etc. C’est appréciable de reproduire dans l’hexagone la synergie entre la communauté opensource et l’entreprise.

Antoine : openSUSE est la première distribution que j’ai utilisée. Je l’ai découverte en 2008, dans un magazine Linux. Des amis à moi utilisaient Ubuntu et m’avait convaincu d’essayer mais je n’avais trouvé que ce magazine, avec un DVD d’openSUSE (10.3) à l’intérieur. J’ai accroché : le changement, le vert, le caméléon comme logo. Bref, je l’ai installée (dual-boot), cassée, réinstallée, recassée, etc. J’ai appris plein de trucs, notamment grâce au forum Alionet. J’ai depuis essayé d’autres distributions, « en dur » mais aussi dans des machines virtuelles. Au final, je reviens toujours vers openSUSE, parce que c’est là où je me sens le mieux.

J’ai commencé à écrire des news sur Alionet en 2014, après la mort de jluce, un des admins du site qui en écrivait plein. Je trouvais dommage de ne pas essayer de continuer ce qu’il avait commencé. J’écris des articles sur openSUSE, pour informer de l’actualité du projet ; parfois des tutos, notamment quand je vois plusieurs personnes ayant une même difficulté sur le forum ; et enfin, sur tout ce qui touche au libre en général.

Qu’est-ce qui différencie openSUSE des autres distros ?

À mon sens, c’est une distribution qui s’adresse aussi bien aux débutants qu’aux utilisateurs avancés (powerusers) avec un certain nombre de qualités :

  • La distribution répond aussi bien à des besoins de poste de travail, d’ordinateur portable ou encore de serveur (elle partage le même core SUSE Linux Entreprise Server). Je l’utilise sur mes propres serveurs qu’ils soient physiques ou virtualisés, mes stations de travail fixes ou portables. Quelle que soit l’utilisation, ce qu’appréciera l’utilisateur, c’est sa stabilité. D’ailleurs, il existe également des images ARM pour les Raspberry Pi, Pi2 et Pi3.
  • L’ensemble des environnements graphiques proposés ont le même degré de finition et d’intégration dans la distribution que ce soit sur l’ISO de base : KDE (défaut), GNOME (mon bureau par défaut), LXQt, XFCE mais aussi via les dépôts en ligne pour MATE ou Cinnamon ou encore Enlightenment.
  • L’outil d’administration Yast est un atout indéniable pour administrer la machine que ce soit les dépôts en ligne, l’ajout/suppression de logiciel, la gestion des services, des utilisateurs, etc. De nombreux modules sont disponibles et de nouveaux arrivent régulièrement pour suivre les évolutions technologiques comme Snapper pour gérer les instantanés (snapshots) du système de fichiers Btrfs ou encore celui pour gérer des conteneurs Dockers.
  • Pour les utilisateurs débutants il est possible d’installer via Yast un serveur web, FTP ou email en quelques clics. Idéal pour avoir une base fonctionnelle et ensuite « mettre les mains dedans ». D’ailleurs l’édition manuelle, n’invalide pas l’utilisation de YaST dans la majorité des cas.
  • Si l’utilisateur avancé ne veut pas utiliser Yast, il est tout à fait en droit d’éditer les fichiers de configurations manuellement et d’utiliser Zypper pour la gestion des paquets (un équivalent robuste de apt-get des familles DEB). Les administrateurs systèmes apprécieront également le dernier projet né : Machinery, un outil pour GNU/Linux afin d’inspecter les configurations des machines.
  • Ce que j’apprécie justement dans la communauté openSUSE c’est que les outils ne sont pas élitistes et profitent également aux autres distributions. Prenons par exemple l’outil OpenBuildService (OBS) qui est une forge utilisée pour construire des packages. L’instance publique utilisée pour les différentes versions d’openSUSE (et de SLES) est ouverte aux contributions, actuellement l’openSUSE Build Service héberge 47 593 projets, pour un total de 402 280 paquets dans 77 223 dépôts et est utilisée par 45 616 personnes. Il est simple et ouvert à tous de se créer un compte et packager sur cette plate-forme sans pour autant se limiter à *SUSE seulement, ni aux plates-formes Intel. Votre paquet peut-être construit pour toutes les distributions majeures (RHEL, CentOS, Fedora, SLES, openSUSE, Debian, Ubuntu, Mageia, AchLinux, etc) avec le support matériel allant des processeurs ARM jusqu’au mainframe. D’ailleurs le projet VLC utilise sa propre instance de l’OBS pour packager l’ensemble des versions du célèbre logiciel. L’instance privée permettant également la construction de logiciels pour les plateformes Windows.

Pourquoi est-elle moins connue en France qu’en Allemagne ?

Elle n’est pas populaire qu’en Allemagne, de nombreux pays l’utilisent et ce n’est pas pour rien qu’elle est souvent entre la troisième et cinquième place sur DistroWatch.

En revanche, c’est indéniable, elle reste méconnue en France. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela.

D’une part, c’était une distribution payante à la base, elle n’est devenue gratuite sous l’appellation openSUSE qu’à partir la version 10.

Quand j’ai démarré Linux en 2004, j’ai commencé avec Ubuntu car j’avais des problèmes de reconnaissance de matériel, ce qui s’est clairement amélioré par la suite. À présent, je ne rencontre plus de difficulté de support matériel que ce soit sur de l’assemblé ou du constructeur même si bien évidemment, je me documente avant d’acheter. Un autre manque était le nombre de logiciels disponibles mais là encore la communauté a largement rattrapé son retard.

Ensuite, il y a eu le « scandale » des accords Novell Microsoft alors que Novell possédait SUSE. Paradoxalement, même si tout le monde a crucifié la distribution, c’est cette collaboration qui a permis à l’ensemble des distributions Linux de s’insérer sur un réseau géré en active directory 100 % Windows. Comme je me fais souvent troller sur les stands avec cela, je tiens d’ailleurs à préciser que suite au rachat de Novell par Microfocus, SUSE et Novell sont deux entités distinctes et les accords liaient spécifiquement Novell et Microsoft, SUSE n’est donc plus concerné.

Pour toutes ces raisons, je pense que la communauté francophone est en retrait par rapport aux autres mais dès que l’on franchit les frontières de l’Hexagone, ce n’est plus la même répartition. C’est d’autant plus frustrant que lors d’événements du type RMLL, Solutions Linux, Paris OpenSource Summit, Capitole du Libre, des personnes viennent nous revoir d’une année à l’autre en nous disant qu’elles ne regrettent pas d’avoir essayé notre caméléon. Elles n’ont pas eu besoin de venir sur le forum chercher de l’aide. Comme toujours, les personnes qui s’inscrivent ont généralement des problèmes à résoudre, il manque les autres pour qui tout s’est bien passé.

En tout cas c’est moins facile d’avoir de l’aide… Moi aussi, je me suis battu avec une carte réseau récalcitrante et j’ai laissé tomber. Dommage, j’aimais bien. Comment on fait quand on galère ?

La communauté openSUSE francophone est clairement moins importante que celles d’autres distributions. C’est l’histoire de l’œuf ou la poule : est-ce que la communauté est petite à cause de sa popularité dans l’Hexagone ou est-ce l’inverse ?

Il existe néanmoins des moyens de trouver de l’aide sur openSUSE :

  • La mailing liste francophone
  • IRC #openSUSE-fr sur Freenode
  • le forum Alionet.org

Bref, un éventail de plate-formes pour essayer de correspondre à chacun.

Vous avez tout le temps plein de goodies. Il y a des sous dans openSUSE ? Quel est le modèle économique ?

openSUSE est financée en majeure partie par SUSE, qui a lancé la distribution. L’entreprise encourage ses ingénieurs à participer à openSUSE. Du coup ils peuvent bosser sur la distribution sur une partie de leur temps de travail. Il y a aussi d’autres entreprises qui font des dons de matériel (notamment les machines pour l’openSUSE Build Service).

Concernant les goodies, lorsqu’on est ambassadeur openSUSE, il est possible via le wiki + email de prétendre à un kit stand. Il faut indiquer l’événement, le volume de personnes attendues, etc. openSUSE envoie alors un kit stand que nous devons redistribuer gratuitement. (nappe, 2 t-shirts, flyers en anglais).

En parallèle l’association Alionet a pris plusieurs initiatives :

  • Prendre contact avec SUSE France avec qui nous avons d’excellents contacts pour quelques goodies supplémentaires.
  • Éditer sur le budget de l’association propre des t-shirts et clés USB car nous n’en avions pas de la part de nos partenaires.
  • Nous prenons en charge l’impression de documents en français puisque openSUSE ne fournit que des informations en anglais.

Pourquoi est-elle passée en rolling release ?

En fait, elle n’est pas passée en rolling release. ;-)

Le projet propose maintenant deux distributions : une « classique », openSUSE Leap, la distribution principale, l’héritière de l’openSUSE que l’on connaissait jusqu’à l’an dernier. La dénomination Leap souligne le fait qu’il y a eu un changement dans la façon de construire la distribution, en faisant une base commune avec SUSE Linux Enterprise (SLE) la distribution commerciale de SUSE. Un « saut » qui s’est traduit également dans le numéro de version : 13.2 -> 42.1.

Une en rolling release effectivement : openSUSE Tumbleweed (« virevoltant » en anglais). Elle, c’est l’héritière de « Factory », une base de code instable qui servait aux contributeurs du projet à mettre au point openSUSE ancienne formule (avant Leap). Cette base de code a évolué, s’est dotée de nouveaux outils pour finalement être considérée comme « stable » – dans le sens où ça ne casse pas, mais bien sûr ça bouge vite – et être appelée Tumbleweed.

Pourquoi faire ça ? Pour mieux répondre aux besoins de chacun : ceux qui ont besoin d’une grande stabilité ou ne veulent pas beaucoup de changements sur leur système peuvent utiliser Leap, ceux qui veulent des logiciels toujours plus récents (mais stables ; pas des préversions ou très peu) peuvent utiliser Tumbleweed.

Quoi de neuf dans la nouvelle version, justement ?

Une des nouvelles les plus intéressantes est l’arrivée de Plasma 5.8.1, la toute dernière version du bureau KDE. C’est une version estampillée LTS, c’est-à-dire que KDE va se focaliser sur la stabilité et la durée pour cette version, ce qui colle avec les objectifs de Leap. Pour la petite histoire, openSUSE et KDE se sont mis d’accord pour que leurs calendriers respectifs collent et que Leap 42.2 puisse intégrer dans de bonnes conditions cette nouvelle version de Plasma. Et pour la deuxième petite histoire : KDE chez openSUSE, c’est entièrement géré par la communauté (ça ne vient pas de SLE).

Pour les amateurs de cartes et d’embarqué, de nouveaux portages pour ARM sont disponibles.

Pour les amateurs de nouveaux systèmes de fichiers : Snapper peut utiliser les quotas Btrfs pour gérer le nettoyage des snapshots.

Vous trouverez plus d’infos dans l’annonce de version.

La communauté Fedora se rend compte d’un déclin de l’intérêt des gens pour les principales distributions. Est-ce aussi un constat sur openSUSE ?

Pas à ma connaissance. Il y a peut être eu des signes en amont qui expliqueraient pourquoi openSUSE a revu son mode de fonctionnement en proposant deux versions : Leap et son rapprochement avec la version SUSE Linux Entreprise et la rolling release Tumbleweed face à la popularité d’Archlinux par exemple.

Ce que je constate en revanche, c’est le déclin de communauté d’entraide en général. La montée des réseaux sociaux a tué les bons vieux forums d’entraide et les mentalités ont changé. On peine à recruter des bonnes volontés mais ce n’est pas un problème exclusif à Alionet.

Comment peut-on aider au développement d’openSUSE ?

Une petite liste non-exhaustive de choses que l’on peut faire pour participer :

Le mot de la fin est pour vous

openSUSE est un projet global vraiment passionnant avec une communauté internationale très ouverte. Sa communauté francophone bien que peu nombreuse n’en est pas moins réactive et les personnes ont toujours trouvé des réponses à leurs questions.

N’hésitez pas à tester cette distribution et à venir à notre rencontre. :)

 

 

Pour aller plus loin :


Hé, en vrai, tu sais comment ça marche, toi, Wikipédia ?

Tout le monde connaît Wikipédia, chacun et chacune a son petit avis dessus, mais sait-on réellement comment cette encyclopédie collaborative fonctionne ?

Il y a 20 ans, lorsque, lors d’une soirée entre ami-e-s, on se posait une question du genre « Mais attends, comment on fait l’aspirine ? » le dialogue était souvent le même :

– Je sais pas, c’est pas avec de l’écorce de saule ?

– Oui mais ça doit être chimique, maintenant, non ?

– Je sais pas, t’as pas une encyclopédie ?

– Si, dans la bibliothèque, mais la raclette est prête.

– Bon, tant pis.

…et on en restait là. Aujourd’hui, on sort un ordiphone, on cherche la réponse sur Wikipédia, et on passe la raclette à se chamailler sur la fiabilité d’une encyclopédie où « tout le monde peut écrire n’importe quoi ».

(au fait, pour l’aspirine, on fait comme ça.)
Par NEUROtikerTravail personnel, Domaine public, Lien

En vrai, avez-vous déjà essayé d’écrire n’importe quoi sur Wikipédia… ? Savons-nous seulement comment ça marche ? Comment les articles sont-ils écrits, modifiés, corrigés, vérifiés, amendés… ?

Ça peut être impressionnant, la première fois qu’on se dit « tiens, et si moi aussi je participais à l’élaboration d’une encyclopédie ? » On peut se sentir un peu perdu·e, pas vraiment légitime, ou tout simplement ne pas savoir par quel bout commencer…

Heureusement, les membres de la communauté Wikipédia et Wikmédia France (l’association des contributeurs et contributrices à la Wikipédia francophone), ont créé un MOOC, un cours ouvert gratuit et en ligne, pour nous faire découvrir les rouages du cinquième site le plus visité au monde, et nous apprendre à nous en emparer.

L’an dernier plus de 6 000 personnes se sont inscrites à ce cours. Fort-e-s de cette expérience, l’équipe rempile pour une deuxième édition, l’occasion pour nous de les interroger et de découvrir ce que proposera ce cours.

 

Bonjour, avant toute chose, est-ce que vous pourriez nous présenter Wikimédia France et vos personnes ?

Jules : Bonjour ! Wikimédia France est une association française à but non-lucratif dont l’objet est « de soutenir en France la diffusion libre de la connaissance, notamment l’encyclopédie Wikipédia. » Il y a souvent des confusions à ce sujet, alors clarifions : Wikipédia est totalement rédigée par des internautes bénévoles, qui s’organisent de manière autonome et déterminent les règles du site. L’association Wikimédia France soutient les contributeurs et l’encyclopédie, mais ne participe pas à la rédaction et n’a aucun pouvoir sur la communauté ; ce n’est d’ailleurs pas la seule association à soutenir l’encyclopédie. Natacha, Alexandre, Valentin et moi-même sommes des contributrices et contributeurs bénévoles de Wikipédia ; nous faisons partie de la douzaine de bénévoles qui conçoivent le WikiMOOC. Je suis par ailleurs salarié de Wikimédia France, qui soutient l’initiative.

Une des missions de Wikimédia France, c’est justement d’inciter qui le veut à contribuer à la Wikipédia francophone… C’est pour cela que vous proposez ce MOOC ? Les cours massivement ouverts et en ligne sont un bon moyen d’inciter aux apports ?

Jules : Oui, les MOOC cumulent plusieurs avantages : bien souvent gratuits, ils sont en ligne et permettent donc de toucher un public plus nombreux qu’avec des formations en présentiel, mais aussi plus diversifié. Le MOOC s’adresse d’ailleurs à toute la francophonie, et près de la moitié des inscrits ne sont pas français.

Alexandre : Le WikiMOOC est effectivement réalisé de manière à donner envie de contribuer. Petit à petit, l’apprenant est guidé vers la rédaction d’un article. Mais il y a des façons très diverses de contribuer : ajouter des sources, des photos, corriger la mise en page, linkifier, améliorer des ébauches d’articles… Une des nouveautés de la deuxième session du WikiMOOC est de présenter des témoignages de contributeurs pour qu’ils racontent ce qu’ils font. Il est aussi plus aisé de contribuer si on ne se sent pas un étranger dans le monde de Wikipédia. Le but du WikiMOOC est aussi de faire mieux connaître ce monde aux apprenant-e-s.

Si je crains que « n’importe qui puisse écrire n’importe quoi dans Wikipédia », ce MOOC me rassurera-t-il ?

Jules : Nous l’espérons, car les choses ne sont pas aussi simples ! L’affirmation initiale, néanmoins, est exacte : n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur Wikipédia. Mais le n’importe quoi a de fortes probabilités de ne rester sur Wikipédia qu’une vingtaine de secondes tout au plus. Car il faut étayer toute affirmation par des sources, et des sources de qualité, dont on sait qu’elles sont fiables (pas un obscur blog anonyme, donc). Pour vérifier que cette règle est bien respectée, il y a notamment un groupe de contributrices et contributeurs qui surveillent en temps réel les modifications effectuées sur les 1,8 million d’articles de Wikipédia : on les appelle avec un brin d’humour « les patrouilleurs ». C’est à ce stade que sont annulés la plupart des canulars, « vandalismes » (les dégradations volontaires d’articles) et ajouts d’opinions personnelles (totalement proscrits : on ne donne jamais son avis personnel dans un article). Certaines modifications passent évidemment entre les mailles du filet et ne seront annulées que plusieurs heures ou plusieurs jours après, par d’autres contributeurs – on manque de bras pour tout vérifier !

Finalement, à qui s’adresse ce MOOC ? Aux personnes qui veulent juste en savoir plus ? À celles qui veulent contribuer activement mais ne savent pas comment ?

Valentin : À tout le monde ! On peut effectivement s’inscrire juste pour comprendre comment Wikipédia fonctionne. Mais ce MOOC est surtout un outil permettant en quelques semaines d’assimiler l’essentiel de ce qu’il faut pour contribuer correctement. Nous voulons que de nombreuses personnes s’emparent de cet outil pour désacraliser la contribution à Wikipédia. Tout le monde utilise Wikipédia en tant que consommateur, mais trop peu de personnes viennent contribuer.

Jules : On peut se sentir un peu perdu quand on commence sur Wikipédia, seul⋅e. Le WikiMOOC est justement parfait pour être guidé dans sa découverte de l’encyclopédie, de son fonctionnement et de sa communauté.

Alexandre : Pour moi qui suis aussi universitaire, le WikiMOOC est un fabuleux point d’entrée pour un cours de Wikipédia. J’essaye donc de synchroniser mes cours avec le WikiMOOC ce semestre pour y inscrire mes étudiant-e-s, et j’encourage les collègues à faire de même !

Comme Framasoft, Wikimédia France est une association qui vit du don… Or créer un MOOC coûte cher… Comment avez-vous pu réussir ce tour de force ?

Jules : La création d’un MOOC, pour une université, se compte toujours en dizaines de milliers d’euros. Nous n’en avons dépensé « que » (ça nous paraît énorme, à vrai dire) 7 500 pour la première édition : 2 500 pour la plateforme, FUN, et 5 000 pour la réalisation des vidéos, via une association de vidéastes amateurs, beaucoup moins cher qu’avec un professionnel ! Et moitié moins pour cette seconde édition. Notre force, c’est qu’il y a une douzaine de bénévoles, contributeurs et contributrices francophones, qui bossent sur le projet ; c’est cet investissement bénévole, en temps, qui nous permet de ne pas dépenser trop. Nous réalisons nous-mêmes beaucoup de tâches (créer des visuels, tourner certaines vidéos, concevoir des tutoriels interactifs…) qui dans une université seraient sous-traitées. Nous bénéficions tout de même d’une partie importante de mon temps salarié chez Wikimédia France, même si je m’investis aussi sur du temps bénévole.

Quand il y a une personne face caméra, il y en a souvent plein en coulisses ;)
By English : Credits to Habib M’henni / Wikimedia Commons – Own work, CC BY-SA 4.0, Link

En passant, on lit de l’équipe pédagogique que « Ces trois présentateurs et présentatrices font partie d’une équipe pédagogique plus large, riche de treize wikipédiens et wikipédiennes expérimenté·e·s ». Le langage épicène, qui permet d’éviter la discrimination d’un genre, vous tient à cœur pour la wikipédia francophone ?

Natacha : Le langage épicène (ou langage non sexiste) est un langage inclusif qui tente de ne pas favoriser un genre par rapport à l’autre. Il est utilisé notamment en Suisse et au Québec, surtout dans la fonction publique. Par ailleurs, nous avons un fossé des genres sur Wikipédia – 75 000 articles sur des femmes contre 450 000 biographies d’hommes et moins de 20 % de personnes contribuant sont des femmes – ce qui introduit parfois des biais dans la façon dont les sujets sont traités. La fondation Wikimedia (qui participe au financement de Wikimédia France) en a fait un sujet de priorité depuis qu’un article du New York Times a relevé ce problème en 2011.

Par ailleurs le WikiMOOC cible toute la communauté francophone, et nommer explicitement le genre féminin peut avoir un impact sur la participation des femmes à ce dernier, alors même qu’on cherche à augmenter le nombre de contributrices ce détail peut avoir son importance !

Jules : Natacha a su nous convaincre d’utiliser le langage épicène dans le WikiMOOC ;-). Mais celui-ci n’est pas en usage systématique sur Wikipédia en français, notamment en raison de sa lourdeur visuelle, et car il n’est pas (encore ?) répandu dans les usages. Or Wikipédia a tendance (rien de systématique) à suivre les usages de la langue.

D’ailleurs, on peut parfois ne pas être d’accord avec les choix faits dans les règles que s’impose la communauté Wikipédia (éligibilité des articles, traitement des genres et des personnes trans, application du point de vue…). Quelle est la meilleure manière de faire évoluer ces positions ?

Jules : Le meilleur moyen de faire évoluer les règles de Wikipédia, ou bien les consensus qui ont émergé au coup par coup pour chaque article, c’est de s’investir dans la communauté. On voit souvent des internautes débarquer, parfois très bien intentionnés, mais très maladroits : ils arrivent et veulent tout changer. Or les contributeurs et contributrices sont souvent sur leurs gardes, notamment parce qu’il y a régulièrement des tentatives d’entrisme et de manipulation de Wikipédia à des fins idéologiques et politiques (en faveur d’une personnalité politique par exemple). Ce sont des internautes qui veulent utiliser la notoriété de Wikipédia pour faire et défaire les notoriétés, pour passer leurs idées… alors que ce n’est pas le lieu. Bref, quand on est bien intentionné, il est primordial dans un premier temps de se familiariser avec les règles ainsi que les us et usages relatifs qui guident le déroulement les discussions et les décisions. Cela évite les maladresses, et ça permet de parler le même langage que les autres contributeurs et contributrices bénévoles. Ça instaure une confiance mutuelle.

Wikipédia, c’est une encyclopédie, mais aussi nombre d’autres projets visant à partager le savoir collaborativement… vous en parlerez dans ce MOOC ?

Alexandre : Le mouvement Wikimedia contient de nombreux projets en plus de Wikipédia, comme Wikimedia Commons qui est l’endroit où les fichiers multimédia Wikipédia-compatibles sont déposés. Comment ajouter une photo est une question qui revient souvent donc le sujet est abordé. Au delà, Wikipédia et les projets « sœurs » sont une excellente école pour comprendre les enjeux du copyright et de ses abus, ce que sont les licences Creative Commons et ce qu’elles représentent politiquement. La famille des projets Wikimedia correspond au seul projet libre (libre comme dans libre discours, pas comme dans libre bière :) ) accessible au et connu du grand public. À ce titre, il est une sorte de porte étendard et pour moi, le WikiMOOC a aussi pour vocation de le promouvoir.

Bon c’est bien gentil tout ça, mais ça va me demander quoi de participer à ce MOOC ? Des milliers d’heures de travail ? Un ordi surpuissant dernier cri ? Une connaissance infaillible de la calcification des hydrogénocarbonates ?

Alexandre : le point commun de tous les MOOC, c’est qu’on peut se sentir libre de les aborder à sa manière : regarder seulement les vidéos, faire les exercices ou pas, s’intéresser à une semaine mais pas à l’autre. Dans le WikiMOOC, des mécanismes pédagogiques sont prévus pour inciter les apprenant-e-s à aller le plus en profondeur possible mais tout le monde doit se sentir libre (sauf mes étudiant-e-s qui seront noté-e-s, évidemment !).

Jules : Pour rebondir sur votre question, pas besoin d’ordi surpuissant, un navigateur web à jour suffit amplement. Pour suivre la totalité du cours, il faut compter au moins trois heures de travail par semaine, mais c’est très variable d’une personne à une autre !

Du coup, si je suis convaincu, qu’est-ce que je dois faire pour m’inscrire ?

Valentin : Les inscriptions (gratuites évidemment) ont lieu sur fun-mooc.fr !

Et, comme d’habitude sur le Framablog, on vous laisse le mot de la fin !

Jules : Soyez nombreux et nombreuses à vous inscrire pour aider à donner accès à la connaissance au plus grand nombre !


Wallabag it, une belle occasion d’y aller de votre poche !

Pour ne plus avoir 50 onglets ouverts « à lire plus tard » et garder tous les articles qu’on veut lire dans la poche, il existe une solution simple et libre : wallabag.

Wallabag, c’est le logiciel qui se trouve derrière notre service Framabag. Le principe est simple : vous vous inscrivez au service, et vous ajoutez l’extension à votre navigateur (Firefox ou Chrome/Chromium) afin d’avoir le bouton magique qui vous permet de sauvegarder vos articles à lire plus tard.

Ensuite, il ne vous reste plus qu’à aller les lire sur le site web du service ou depuis l’application de votre ordiphone…

Côté serveur, de notre côté donc, ce n’est pas la même paire de manchots. Voilà plusieurs mois que wallabag a sorti une version majeure (2.X), avec de mirifiques nouvelles fonctionnalités. Mais Framabag reste obstinément dans une version antérieure (1.9.X).

La raison est simple, nous sommes victimes de notre succès : migrer plus de 11 000 comptes vers une nouvelle version majeure est un très gros travail, un travail concernant des données sensibles (qu’on ne peut donc pas déléguer à n’importe qui). Or, comme toujours, nos bénévoles et salariés ont déjà une toudou liste qui déborde… Ce qui ne veut pas dire qu’on ne fera jamais la mise à jour, juste qu’elle est trop importante pour qu’on la fasse dans l’urgence, et que nous allons prendre notre temps.

Bien entendu, le top serait que chacun-e d’entre vous auto-héberge son wallabag, par exemple en utilisant Yunohost ou le tutoriel dédié. Malheureusement, ce n’est pas (encore) une solution accessible à toutes et tous.

Qu’à cela ne tienne, Nicolas Lœuillet, créateur et développeur principal de wallabag, et par ailleurs membre de Framasoft, propose une alternative intéressante (parce que payante) : wallabag.it !

Alors non : nous ne nous sommes pas concertés, mais oui : cela nous arrange. 11 000 comptes Framabag, c’est beaucoup trop, et il y a grandement besoin de solutions d’hébergement alternatives. C’est surtout l’occasion de démontrer une fois encore que libre ne signifie pas gratuit, et qu’il est important de ne pas mettre toutes ses données dans le même panier, fût-ce dans celui de Framasoft… Mais parlons-en donc avec le principal intéressé.

Une illustration de Wallabag V2 piquée au blog de Dadall

Bonjour Nicolas ! Peux-tu te présenter au lectorat du Framablog ?

Salut le lectorat du Framablog.

Je suis Nicolas, développeur web de métier et développeur de wallabag (vous avez vu ? Pas de w majuscule !) à mes heures perdues. Depuis maintenant trois ans, je suis également membre (à mes minutes perdues) de Framasoft.

Du coup c’est quoi, wallabag it ? Un Framabag survitaminé ? Quels sont les avantages et nouvelles fonctionnalités de ce service ?

wallabag.it, c’est un service en ligne qui te permet d’utiliser wallabag sans se soucier de l’installation, de la maintenance, des mises à jour de l’application.

Tu viens, tu crées ton compte et tu utilises. C’est tout.

C’est pas un Framabag survitaminé : c’est pareil que Framabag dans l’idée. La différence, c’est la version de wallabag : comme c’est si bien expliqué dans l’introduction du billet, nous avons publié une nouvelle version majeure l’an dernier (la deuxième du nom) et la mise à jour de Framabag est quelque peu complexe.

Les avantages de ce service, c’est la simplicité de création de compte. Pas besoin d’avoir les compétences pour installer une application web.

Il n’y a aucune différence de fonctionnalité entre le service et l’application que tu pourrais installer chez toi, sur ton serveur personnel. Et il n’y en aura jamais. Au mieux, certaines fonctionnalités seront proposées avant sur wallabag.it, mais à terme, tout sera rendu à la communauté.

D’accord, mais si je m’inscris, ça va me coûter combien cette affaire ? Un café ? Un menu Falafel-Frites-Ice tea ? Une Porsche Carrera 911 ?

Si tu t’inscris, ça ne te coûte rien pendant 14 jours. Pas besoin de carte de crédit pour te créer un compte, juste une adresse mail valide.

Ensuite, ça te coûtera 12 euros par an. Douze euros. Un seul euro par mois. Soit pas grand chose. Moins d’un café par mois, du coup. Et un peu moins qu’une Porsche.

Et puisqu’on est sympas, l’abonnement annuel est actuellement à 9 euro par an (et puis il parait que ça fait bien niveau marketing).

Juste pour comparer, voici l’interface d’un wallabag en V1…

Imaginons que je sois sur Framabag (ou sur Pocket, tiens !) et que je veuille migrer vers wallabag it… Comment je fais pour migrer mes données ? Y’a besoin d’un bac + 42 en administration système ?

Si tu es sur Framabag et que tu souhaites migrer vers wallabag.it, tu dois exporter tes données (dans la page Configuration, il y a un lien pour ça). Ensuite, tu importes le fichier généré dans wallabag.it, rubrique Import. Tu choisis « wallabag v1 », tu sélectionnes ton fichier et roule ma poule.

Ça, c’est en théorie. Parce qu’en réalité, l’export depuis Framabag connaît parfois quelques ratés (certains diront que l’export depuis Framabag fonctionne de temps en temps, la nuance est minime). Si c’est le cas pour toi, contacte le support de Framasoft ou contacte le support de wallabag.it et on s’occupe d’exporter tes données (et au passage, on les revendra pour s’enrichir encore plus).

Si tu es sur Pocket et que tu souhaites migrer vers wallabag.it, c’est plus simple. Rubrique Import, tu choisis Pocket et tu te laisses aller (pas trop non plus). Ça devrait marcher tout seul, certains sont arrivés de Pocket avec 20.000 articles en poche 

Cela fait combien de temps que wallabag est dans ta vie ? Tu as déjà compté le nombre d’heures, de journées, de lignes de code passées bénévolement sur ce projet ?

wallabag et moi, on se connaît depuis bientôt quatre ans. Tout a commencé en avril 2013. Je marchais sur une plage, un peu comme celle-ci.

Je n’ai jamais compté mes heures pour wallabag, et je pense qu’il ne faut pas. Quand on aime, de toute façon, on ne compte pas.

Par contre les lignes de code, c’est plus simple : y’en a plus de 220.000 actuellement dans le projet. C’est uniquement un chiffre qui ne veut rien dire, et puis dedans y’a des lignes de javascript ou de HTML et comme chacun le sait, c’est pas vraiment du code, donc ça compte pas.

On dit souvent que « Libre ne veut pas dire gratuit »… est-ce que proposer wallabag It est aussi une façon de faire reconnaître le travail fourni sur ce logiciel et de le rémunérer pour que tu puisses t’y consacrer plus amplement ?

Le but à terme, oui ça serait ça : pouvoir me dégager encore plus de temps pour wallabag et faire avancer ce projet. Aujourd’hui, je suis salarié dans une petite SSII à 80 %, le reste c’est pour wallabag. Si je peux encore réduire mon temps de travail, ça serait bien.

C’est gentil tout cela, mais si je m’inscris sur wallabag it, qu’est-ce qui me garantit que demain, ou dans un an, tu ne fermeras pas le code de wallabag, me demanderas un bras au lieu de 12 €, ou carrément l’âme de ma première-née pour utiliser ton service… ?

La confiance. Tu ne peux te baser que sur ça : wallabag est et restera toujours open source et sous licence libre.

Concernant le service wallabag.it, je ne peux pas te dire que ça restera toujours 12 euros. Si tu veux me donner un bras, ça peut nous intéresser : on en manque par moment dans l’équipe, donc ça pourrait être pratique pour coder.

Question-perso-de-Pouhiou : moi j’ai déjà un wallabag V2 sur ma Brique Internet (et je le kiffe). Mais j’ai aussi une liseuse (la Cybook Muse HD de chez Bookeen, pour tout te dire…) sur laquelle j’aimerais bien lire les articles de mon wallabag… Comment je fais ? Est-ce que te soutenir te permettra de mettre en place de telles collaborations ? Et tu préfères que je te fasse un don (où ?) ou bien que j’offre un compte wallabag it à mon petit frère ?

Pour Bookeen, rassure-toi, il parait que ça arrive : une application wallabag native sur leurs liseuses ⟎

Tu peux payer un compte wallabag.it à ton petit frère et aussi à tous ceux que tu connais : j’ai des vacances à payer, merci.

Pour celles et ceux qui utilisent la liseuse Touch Lux 3 de chez Pocketbook, sachez qu’il existe une application pour lire vos articles wallabag !

Dis, j’y pense : proposer un service payant, c’est chaud niveau données : moyen de paiement, contact par email, chiffrage peut-être, etc. Que prévois-tu pour respecter les données de ta clientèle ?

Oui, c’est chaud niveau données.

Pour lancer le service, je m’étais fixé une obligation : ne bosser qu’avec des prestataires européens voire français.

L’hébergement est chez Web4all.fr

Le système de paiement est chez Payplug

L’emailing est chez Mailjet

Le nom de domaine et le certificat SSL sont proposés par Gandi

Alors, ça vaut ce que ça vaut, bien sûr, mais je ne voulais pas de services américains.

Et niveau respect des données, accès / revente de celles-ci, c’est pareil que les services proposés par Framasoft : c’est basé sur la confiance. Une phrase du site que j’aime bien : Parce que notre modèle économique est basé uniquement sur vos abonnements, nous n’avons pas besoin de lire ou revendre vos données.

Et si on est convaincu-e, on fait quoi, on s’inscrit où ?

Si t’es convaincu-e, tu te crées un compte ici.

Ensuite, tu peux bénéficier des 14 jours gratuits, puis te rendre dans la partie Abonnements.

Et le tour est joué !

Comme d’habitude, on te laisse le mot de la fin….

Merci à mes parents, sans qui je ne serai pas là aujourd’hui.

Non, plus sérieusement, merci à toute l’équipe wallabag (et ils sont nombreux) et merci à l’équipe Framasoft, qui m’ont tous soutenu depuis très longtemps maintenant.

Et dépêchez-vous de prendre un abonnement wallabag.it : début mars, ça repasse à 12 euros !


Si on laissait tomber Facebook ?

Le travail de Salim Virani que nous vous invitons à parcourir est remarquable parce qu’il a pris la peine de réunir et classer le très grand nombre de « petites » atteintes de Facebook à notre vie privée. Ce n’est donc pas ici une révélation fracassante mais une patiente mise en série qui constitue une sorte de dossier accablant sur Facebook et ses pratiques avouées ou inavouables. Vous trouverez donc de nombreux liens dans l’article et au bas de l’article, qui sont autant de sources.

Si comme nous le souhaitons, vous avez déjà renoncé à Facebook, il est temps d’en libérer vos proches : les références et les faits évoqués ici par Salim Virani seront pour vous un bon réservoir d’arguments.

Par quoi remplacer Facebook lorsqu’on va supprimer son compte ? Telle est la question qui reste le point bloquant pour un certain nombre de personnes.  Bien sûr il existe entre autres Diaspora et ses divers pods (dont Framasphère bien sûr), mais Salim Virani répond plutôt : par de vrais contacts sociaux ! Avons-nous vraiment besoin de Facebook pour savoir qui sont nos véritables amis et pouvoir échanger avec eux ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience de Facebook et de ses dangers, dont le moindre n’est pas l’addiction. Saurons-nous nous dé-facebook-iser ?

Source de l’article : Get your loved ones off Facebook

Traduction Framalang : Penguin, mo, egilli, audionuma, goofy, lamessen, roptat, xXx, serici, Mika, jums, ratator, dodosan, mathis, mika, Lumibd, jums, ratator, Diane

Dites à ceux que vous aimez de laisser tomber Facebook

par Salim Virani

J’ai écrit ce qui suit pour ma famille et mes proches, afin de leur expliquer pourquoi les dernières clauses de la politique de confidentialité de Facebook sont vraiment dangereuses. Cela pourra peut-être vous aider aussi. Une série de références externes, et des suggestions pour en sortir correctement, se trouvent au bas de cet article.

Mise à jour 2017 : beaucoup des inquiétudes que j’avais se sont avérées fondées. Facebook a persévéré dans sa logique de mépris envers ses utilisateurs. J’ai actualisé cet article en y ajoutant quelques liens et arguments supplémentaires.

« Ah au fait, j’avais envie de te demander pourquoi tu quittes Facebook », telle est la question embarrassée qu’on me pose du bout des lèvres très fréquemment ces temps-ci. Genre vous savez plus ou moins que Facebook c’est mal, mais vous n’avez pas trop envie de savoir jusqu’à quel point.

J’ai été un grand supporter de Facebook – un des premiers utilisateurs de mon entourage à défendre ce moyen génial de rester en contact, c’était en 2006. J’ai fait s’inscrire ma mère et mes frères, ainsi qu’environ vingt autres personnes. J’ai même enseigné le marketing de Facebook à l’un des plus prestigieux programmes technologiques du Royaume-Uni, la Digital Business Academy. Je suis un technico-commercial – donc je peux voir les implications – et jusqu’à maintenant elles ne m’avaient pas inquiété plus que ça. Je ne prenais pas au sérieux les personnes qui hésitaient en invoquant des questions de vie privée.

Juste pour vérifier…

Pendant les vacances 2014/2015, j’ai voulu passer quelques minutes à vérifier les prochains changements dans la politique de confidentialité, avec une attitude prudente en me demandant « et si… ? ». Certaines éventualités étaient inquiétantes, en particulier concernant nos informations financières et de localisation, sans oublier tout le reste. En fait, ce que je soupçonnais a déjà eu lieu il y a deux ans, depuis 2011 ! Ces quelques minutes se sont changées en quelques jours de lecture. J’ai ignoré beaucoup d’affirmationspas qui, selon moi, peuvent être expliquées comme des accidents (« techniquement plausibles » ou « techniquement fainéantes »).
Après tout, je suis moi-même le fondateur d’une start-up, et je sais à quel point les questions techniques peuvent être complexes. Par exemple, les droits d’accès excessifs demandés par l’application Facebook pour Android proviennent d’un problème technique étroitement lié à Android. Mais il restait encore beaucoup de préoccupations concernant la protection de la vie privée, et j’ai croisé ces faits avec des techniques que je sais être standards dans le marketing basé sur les données.
Avec ces derniers changements de confidentialité le 30 janvier 2015, j’ai peur.

Facebook a toujours été légèrement pire que toutes les autres entreprises technologiques avec une gestion louche de la confidentialité ; mais maintenant, on est passé à un autre niveau. Quitter Facebook n’est plus simplement nécessaire pour vous protéger vous-même, c’est devenu aussi nécessaire pour protéger vos amis et votre famille. Cela pourrait être le point de non-retour – mais il n’est pas encore trop tard pour reprendre le contrôle.

Une petite liste de pratiques de Facebook

Il ne s’agit plus simplement des informations que Facebook dit qu’il va prendre et ce qu’il va en faire ; il s’agit de tout ce qu’il ne dit pas, et qu’il fait tout de même grâce aux failles qu’ils se sont créées dans les Conditions de Service, et la facilité avec laquelle ils reviennent sur leurs promesses. Nous n’avons même plus besoin de cliquer sur « J’accepte ». Ils modifient simplement la politique de confidentialité, et en restant sur Facebook, vous acceptez. Et hop !

Aucune de vos données sur Facebook n’est sécurisée ni anonyme, quels que soient vos paramètres de confidentialité. Ces réglages sont juste des diversions. Il y a des violations de confidentialité très sérieuses, comme la vente de listes des produits que vous recommandez à des annonceurs et des politiciens, le pistage de tout ce que vous lisez sur Internet, ou l’utilisation des données de vos amis pour apprendre des informations privées sur vous – aucune de ces pratiques n’a de bouton « off ». Pire encore, Facebook agit ainsi sans vous le dire, et sans vous révéler les dommages que vous subissez, même si vous le demandez.

Facebook donne vos données à des « tiers » via les applications que vous utilisez, puis il affirme que c’est vous qui le faites, pas eux. À chaque fois que vous utilisez une application connectée à Facebook, vous autorisez Facebook à échapper à sa propre politique de confidentialité avec vous et vos amis. C’est comme quand mon frère me forçait à me frapper moi-même, puis me demandait « Pourquoi tu te frappes tout seul ? ». Et il allait dire à ma mère que ce n’était pas de sa faute.

En creusant un peu, j’ai découvert tout le pistage que fait Facebook – et je l’ai vérifié avec des articles de sources connues et réputées, ainsi qu’avec des études qui ont été examinées minutieusement. Les liens sont dans la section Source à la fin de ce post.

Ça semble fou quand on met le tout bout à bout !

  • Facebook crée de fausses recommandations de produits venant de vous pour vos amis – et ils ne vous le disent jamais.
  • Quand vous voyez un bouton « J’aime » sur le web, Facebook est en train de repérer que vous êtes en train de lire cette page. Il parcourt les mots-clés de cette page et les associe avec vous. Il sait combien de temps vous passez sur les différents sites et les différents sujets.
  • Ils lisent vos messages privés et le contenu des liens que vous envoyez en privé.
  • Ils ont mis en place des fonctionnalités qui allument le micro de votre téléphone – vu leurs antécédents de changement de paramètres de confidentialité, une surveillance audio peut très probablement commencer sans que vous le sachiez.
    Ils peuvent utiliser la reconnaissance faciale pour pister vos déplacements avec des photos, même celles qui ne sont pas sur Facebook (les photos prises depuis les téléphones contiennent des informations sur la date, l’heure et la localisation GPS).
  • Ils repèrent votre localisation et l’utilisent pour trouver des informations sur vous, si par exemple vous êtes malade (si vous êtes chez un médecin ou un spécialiste), avec qui vous couchez (qui est à vos côtés pendant la nuit), où vous travaillez, si vous êtes en recherche d’emploi (un rendez-vous d’une heure dans les bureaux de la concurrence), etc.
  • Ils ont organisé des campagnes de quasi-dénonciation pour inciter par la ruse les amis des gens à révéler des informations sur eux, alors qu’ils avaient décidé de les garder secrètes.
  • Ils utilisent l’énorme quantité de données qu’ils ont sur vous (avec vos « J’aime », ce que vous lisez, ce que vous écrivez mais que vous ne publiez pas) pour créer des profils très précis de qui vous êtes – même si vous faites tout pour garder ces choses secrètes. Il y a des techniques statistiques, qui existent depuis des décennies en marketing, pour trouver des modèles comportementaux en corrélant les actions et les caractéristiques d’une personne. Même si vous n’avez jamais publié quoi que ce soit, ils peuvent facilement déduire vos âge, sexe, orientation sexuelle et opinions politiques. Quand vous publiez, ils en déduisent beaucoup plus. Puis ils le révèlent aux banques, aux compagnies d’assurances, aux gouvernements et, évidemment, aux annonceurs.

« Je n’ai rien à cacher »

Pourtant, beaucoup de gens ne s’en inquiètent pas, estimant qu’ils n’ont rien à cacher. Pourquoi s’intéresseraient-ils à ma petite personne ? Pourquoi devrais-je m’inquiéter de cela alors que je ne fais rien de mal ?

L’histoire est désormais célèbre : une adolescente enceinte a vu sa grossesse révélée au grand jour par le magasin Target, après que ce dernier a analysé ses données d’achat (sacs à main plus grands, pilules contre le mal de tête, mouchoirs…) et a envoyé par erreur un message de félicitations à son père, qui n’était pas au courant. Oups !

Il arrive la même chose à vos données, qui sont révélées à n’importe quelle entreprise sans contrôle de votre part. Et cela se traduit par les différentes manières dont vos données peuvent révéler des choses vous concernant à des entités que vous ne souhaitez pas mettre au courant.

L’un des problèmes les plus évidents ici concerne les compagnies d’assurance. Les données qu’elles récoltent sur vous sont exploitées pour prédire votre futur. Aimeriez-vous qu’on vous refuse une assurance santé sous prétexte qu’un algorithme a prédit à tort que vous aviez commencé à consulter un cardiologue ?

Et si votre employeur ou futur employeur savait que vous êtes peut-être enceinte ?

Aimeriez-vous que votre patron soit au courant quand vous n’êtes pas réellement cloué au lit, ou quand vous cherchez un autre job ?

Aimeriez-vous que n’importe qui soit au courant si vous avez des difficultés à payer votre prêt ? Si vous vendez votre maison, les acheteurs sauront qu’ils sont en position de force.

Ne confondez pas vie privée et secret. Je sais ce que vous faites dans la salle de bain, mais vous fermez quand même la porte. C’est parce que vous voulez de l’intimité, pas pour cacher un secret. (Extrait de Je n’ai rien à cacher, pourquoi devrais-je faire attention à ma vie privée en ligne ?)

Même si nous avons pour la plupart d’entre nous le sentiment que nous n’avons rien à cacher, nous nous retrouvons tous parfois dans des situations où nous avons besoin que certaines choses restent secrètes, au moins pendant un temps. Mais nous renonçons à cela – et pour quelle raison ?

Extraits des « Conditions d’utilisation » (et non « Politique de confidentialité », vous voyez l’astuce ?)

Vous nous donnez permission d’utiliser votre nom, image de votre profil, le contenu et les informations en lien avec des activités commerciales, soutiens sponsorisés et autres contenus (comme les marques que vous aimez), proposés ou mis en avant par nos soins.

Plus bas :

Par « information » nous voulons dire les données et autres informations qui vous concernent, ce qui inclut les faits et gestes des utilisateurs et des non-utilisateurs qui interagissent avec Facebook.

Donc cela inclut tout ce qu’ils collectent sur vous mais sans vous le dire. Tout ce que vous lisez sur Internet, tout ce qu’on a jamais publié à votre propos, toutes vos transactions financières privées.

De plus, vos données commencent à être combinées avec les données de vos amis pour faire un modèle encore plus précis. Il ne s’agit pas que de vos données, mais ce que l’on obtient quand on combine tout ensemble.

Le problème n’est pas ce que nous avons à cacher, il s’agit de garantir le droit fondamental à notre liberté – lequel est notre droit à la vie privée

L’article 12 de la Déclaration des Droits de l’homme de l’ONU indique :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation.

Nous avons le droit de dire un mot sur la façon dont ces informations seront utilisées. Mais en utilisant Facebook, nous les abandonnons volontairement, pas seulement les nôtres mais aussi celle de nos amis, de notre famille !

Si vous admettez avoir commis quelque chose d’illégal dans les messages privés de Facebook, ou si vous avez simplement mentionné un soutien à une action politique, cela pourra être utilisé contre vous à l’avenir, tout particulièrement par un gouvernement étranger. Vous pouvez être arrêté simplement parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment, ou être mis à l’écart à l’aéroport un jour, pour risquer de la prison car vous avez révélé que vous avez fait quelque chose d’illégal il y a 5 ans. Un comédien New Yorkais a vu une équipe SWAT (un groupe d’intervention policière américaine musclé) entrer dans son appartement pour une blague sur Facebook. Les forces de l’ordre commettent souvent des erreurs, et vous leur donnez plus de pouvoir et plus de chance d’être dans l’erreur. Vous rechargez le fusil, le pointez sur votre tempe, et le donnez à n’importe quel « applicateur de la loi » à la gâchette facile capable d’acheter vos données personnelles.

Image par Joelle L  (CC-BY-2.0)

Pas besoin de parler d’une hypothétique surveillance gouvernementale ici. L’un des premiers investisseurs de Facebook, Greylock, a un conseil d’administration en lien avec la CIA via une entreprise appelée In-Q-Tel. Selon leur site web, ils « identifient les technologies de pointe pour aider la CIA et plus largement l’intelligence américaine à poursuivre leur mission ». Et si vous n’êtes toujours pas au courant, il a été révélé que les données de Facebook ont été livrées directement au programme PRISM.

Les courtiers en données commerciales

Et comme je l’explique plus loin, ces informations se retrouvent de toute façon en grande partie publiquement accessible. Pas besoin des programmes de la NSA, les entreprises de données marketing s’en occupent, en dés-anonymisant toutes vos données pour les vendre encore et encore. C’est fait systématiquement et automatiquement. Il y a toute une industrie autour de ça. Il y a des places de marché pour acheter et vendre les données des consommateurs, qui étaient bâties originellement autour des agences de crédit et des entreprises de publipostage, puis qui ont évolué avec l’industrie de la barre d’outil de navigateur, quand Internet Explorer était répandu – maintenant il y a encore plus d’informations qu’avant. Un exemple récent est RapLeaf qui a collecté et publié des informations identifiables personnellement, y compris des identifiants Facebook et MySpace.
Ils ont arrêté suite à une sérieuse controverse, mais non seulement le mal avait été fait, mais il y a eu d’autres entreprises qui ont échappé à cette mauvaise publicité et ont continué ces pratiques. Il ne s’agit pas de la façon dont les commerciaux vous adressent des publicités ciblées : le problème, c’est que vos données sont achetées et vendues pour cela.

Dans quel pays envisagez-vous de partir en voyage ? Êtes-vous d’accord pour confier toutes ces informations sur vous aux forces de l’ordre de ce pays ? Parce que, sachez-le : elles les achètent.

Mise à Jour 2017 : Facebook a annoncé sa collaboration avec quatre des plus grands courtiers en données.

Intercepter vos communications

Le truc, c’est qu’il n’y a pas besoin d’approuver une théorie du complot pour être concerné. Mark Zuckerburg lui-même a été très clair publiquement avec ses investisseurs à propos de ses intentions :

1) Être l’intermédiaire de toutes les communications personnelles.

C’est pour cela qu’ils ont conçu Messenger et acheté WhatsApp, mais n’oubliez pas qu’ils ont essayé pire. Quand ils ont lancé les emails Facebook, ils ont profité des utilisateurs qui avaient synchronisé leurs contacts Facebook. Ils ont fait en sorte que l’adresse @facebook.com soit l’adresse par défaut pour tout le monde. Pourquoi ? Pour que vos amis vous envoient des e-mails sur votre adresse @facebook.com au lieu de votre adresse normale, ce qui leur permettra de lire vos correspondances.

2) Rendre publiques toutes les communications privées au fil du temps.

C’est pour cela qu’ils ont lentement changé les paramètres de vie privée par défaut vers public, rendu les configurations de la vie privée de plus en plus difficiles à utiliser, et prétendent maintenant que leur outil d’aide à la vie privée va changer cela.

En réalité, il y a une foule de violations de la vie privée qui ne peuvent être désactivées, comme permettre aux publicitaires d’utiliser votre liste de contacts, couper la façon dont Facebook suit ce que vous lisez sur Internet, ou empêcher Facebook de collecter d’autres informations sur vous. Vous ne pouvez pas les désactiver !

Facebook ne vous laisse pas partager ce que vous voulez

Même si vous n’avez rien à cacher, inquiétez-vous du contraire, ce que Facebook choisit de cacher quand vous souhaitez le partager. Ils vous filtrent.

« Je voulais te demander pourquoi tu quittes Facebook » arrive généralement après quelque chose comme « Tu n’as pas vu mon post la semaine dernière ? ».

Si vous avez déjà eu cette conversation, vous aurez noté qu’il y a une grande différence entre vos attentes lorsque vous communiquez sur Facebook et ce qui arrive réellement. En gros, Facebook filtre vos posts suivant que les utilisateurs utiliseront plus Facebook ou non s’ils ne le voient pas.

On a l’impression que Facebook est la seule manière de rester en contact. Avec les photos et les commentaires. On a l’impression que tout le monde y est et qu’on y voit une bonne partie de leur vie.

En fait, un grand nombre de vos messages ne sont jamais vus par personne !
Et vous en manquez plein aussi. Même si ceux de vos amis vous arrivent, cela ne veut pas dire que les vôtres leur parviennent.

Les messages privés puent aussi. Combien de messages Facebook envoyés sans réponse ? À combien de messages Facebook pensez-vous avoir oublié de revenir plus tard, combien en manquez-vous simplement ? Est-ce comme ça que vous voulez traiter vos amis ?

Facebook est un moyen vraiment peu fiable pour rester en contact.

Le mois dernier (NdT : en 2015), j’ai simplement cessé d’utiliser Facebook. Quelque chose d’incroyable est arrivé. Les gens m’ont téléphoné, et on s’est vraiment donné de nos nouvelles. Ma famille était plus en contact. Mon frère m’a envoyé des courriels avec des nouvelles. Des amis sont venus chez moi me dire bonjour.
C’était, disons, social.

Censure politique

Facebook bloque des publications s’il y a du contenu politique qu’il n’aime pas. Ils ont bloqué des publications concernant Ferguson et d’autres manifestations politiques. Quand Zuckerberg a prétendument pété un câble et a banni les mots « vie privée » des réunions à Facebook, cela a aussi été censuré dans toutes les publications Facebook. Vous aviez juste un message d’erreur à propos de « contenu inapproprié ». Ouais, c’est ça ! Inapproprié pour qui ?

Pourtant, nous ne devrions pas être surpris. Facebook n’est pas une plate-forme neutre – nous devons être conscients des objectifs des gens qui sont derrière. Zuckerberg a révélé ses intentions publiquement. Le premier membre du conseil de Facebook aussi, Peter Thiel, un conservateur. Quand il était plus jeune, il a écrit un livre remettant en question le multiculturalisme à Stanford, et il soutient maintenant une théorie appelée le « Désir Mimétique » qui, parmi d’autres choses positives, peut utiliser les groupes sociaux des gens pour manipuler leurs désirs et leurs intentions (je suis un fan de Thiel quand il parle des startups – mais on oublie souvent que beaucoup de gens ne connaissent pas tout ceci).

Facebook va jusqu’à laisser des organisations politiques bloquer vos communications. Il suffit de quelques personnes pour classer comme offensant un article d’actualité, et il est supprimé du flux de tout le monde. Cette fonctionnalité est souvent détournée. Je peux bloquer n’importe quel article sur Facebook en convainquant quelques amis de le classer comme offensant. C’est de la censure facile et pas chère.

Mise à jour de 2017 : on a vu combien cela a affecté les élections des États-Unis. Les fils d’actualité des gens qui avaient des idées opposées étaient souvent filtrés, et pourtant des fausses actualités se sont facilement répandues facilement, parce que ces faux gros-titres renforcent nos convictions et nous sommes contents de les partager.

Tout cela confirme que c’est une mauvaise idée de compter sur Facebook pour communiquer avec des gens qui sont importants pour vous. Votre habitude d’utiliser Facebook implique que d’autres personnes doivent utiliser Facebook.

C’est un cercle vicieux.

En fait, cela nuit à vos relations avec beaucoup de gens, parce que vous pensez que vous êtes en contact avec eux, mais vous ne l’êtes pas. Au mieux, vous êtes en contact avec une version filtrée de vos amis. Ces relations s’affaiblissent, alors que vos relations avec des personnes qui publient du contenu qui plaît à Facebook prennent leur place.

Non seulement Facebook veut lire toutes vos communications, mais il veut aussi les contrôler.

Vous balancez vos amis

Même si vous pensez que tout ça ne vous pose pas trop de problèmes, en utilisant Facebook, vous forcez vos amis et votre famille à accepter la même chose. Même ceux qui ne sont pas sur Facebook, ou qui vont jusqu’à utiliser des faux noms.

Si vous avez déjà utilisé la synchronisation des contacts Facebook, ou si vous avez déjà utilisé Facebook sur votre téléphone, alors Facebook a récupéré la totalité de votre liste de contacts. Les noms, les numéros de téléphone, les adresses, les adresses électroniques, tout. Puis ils utilisent tout ça pour créer des « profils fantômes » des gens que vous connaissez et qui ne sont pas sur Facebook. Les internautes qui n’utilisent pas Facebook s’en aperçoivent souvent en recevant des e-mails qui contiennent leurs informations personnelles de la part de Facebook. Les internautes qui utilisent Facebook s’en aperçoivent aussi quand ils publient une photo d’un ami qui n’est pas sur Facebook, et qu’elle se retrouve automatiquement taguée. Mon ami n’est pas sur Facebook, mais comme d’autres amis et moi avons utilisé Facebook sur nos téléphones, Facebook connaît son nom et ses informations de contact, et sait aussi qui sont ses amis, puisqu’il peut le voir dans leur liste de contacts et leur journal d’appel. Il suffit de publier quelques photos avec son visage (ils peuvent l’identifier sur des photos), et voilà, ils peuvent ajouter les données de géolocalisation tirées des photos à son profil fantôme. Beaucoup d’autres techniques de Facebook fonctionnent aussi avec les profils fantômes. Et par-dessus le marché, ils peuvent déduire beaucoup de choses sur lui très précisément en s’appuyant sur des similitudes statistiques avec ses amis.

Donc en gros, on a tous balancé accidentellement nos amis qui voulaient préserver leur vie privée. Facebook nous a piégés.

Mais les pièges de Facebook vont encore plus loin.

La « vie privée » ne s’applique pas à ce que Facebook déterre

Tout comme les profils fantômes des gens, Facebook peut « deviner un like » en fonction d’autres informations qu’il possède sur vous, comme ce que vous lisez sur Internet ou ce que vous faites dans les applications quand vous vous y authentifiez avec Facebook ou ce qu’il y a sur votre facture de carte bleue (j’en parlerai davantage plus loin). Appelez cela un « like fantôme ». Cela leur permet de vous vendre à plus d’annonceurs.

Il y a déjà une vaste documentation sur la collecte de ces informations par Facebook. La technique du « like fantôme » est simplement une utilisation standard des techniques statistiques en marketing de base de données. Si vous lisez beaucoup sur ce sujet, vous l’aimez probablement. Ce genre de chose. Ces techniques sont utilisées en marketing depuis les années 80 et vous pouvez embaucher des étudiants en statistiques pour le faire, même si bien sûr, Facebook embauche les meilleurs du domaine et cherchent à faire avancer l’état de l’art en intelligence artificielle pour cela. En Europe, Facebook est légalement obligé de partager toutes les informations qu’il a sur vous, mais il refuse. Donc il y a encore une autre action en justice contre eux.

Les permissions

Au travers de son labyrinthe de redéfinitions des mots comme « information », « contenu » et « données », vous permettez à Facebook de collecter toutes sortes d’informations sur vous et de les donner à des annonceurs. Avec votre permission seulement, disent-ils, mais la définition de « permission » contient l’utilisation d’une application ou qui sait quoi d’autre.

Et vous pensiez que ces requêtes Farmville étaient embêtantes. À chaque fois que vous en voyez une, cet ami révèle vos informations à des « tiers ».

Vous voyez comment ça marche ? Vous dites à Facebook que c’est « uniquement pour vos amis », mais vos amis peuvent le révéler à un « tiers ». Et la plupart des applications qu’ils utilisent sont des « tiers ».
Donc en fait, tout ce que vous marquiez en « amis seulement » n’a pas grande importance. En étant sur Facebook, il y a bien plus d’informations à votre propos qui sont collectées, combinées, partagées et utilisées.

Ils disent qu’ils « anonymisent » ça, mais en réalité il n’y a qu’une étape pour le dés-anonymiser. Beaucoup de données anonymes, comme ce que vous postez et quand, vos photos, votre localisation à tel moment est suffisant pour un grand nombre d’entreprises qui relient ces données anonymes à vous – et les revendent (c’est pour cela que ça n’a pas d’importance que vous utilisiez un faux nom sur Facebook, vos données sont comme une empreinte digitale et permettront de vous associer à votre vrai nom).

En plus, ils permettent à toutes les applications Facebook d’avoir un accès complet à vos informations – avec votre nom et tout. Et même si vous n’utilisez jamais d’application sur Facebook, vos amis le font. Lorsqu’ils utilisent ces applications, ces amis partagent toutes vos informations pour vous. Il y a toute une industrie derrière.

Certaines choses ont bien un bouton « off », mais rappelez-vous que c’est temporaire, et comme Facebook l’a fait dans le passé, ils les réactiveront sans vous en avertir. Lorsque Facebook a démarré (et sans doute quand vous vous êtes inscrit) c’était clairement un endroit sûr pour partager avec vos amis. C’était leur grande promesse. Avec le temps, ils ont passé les paramètres de confidentialité à « public par défaut ». De cette façon, si vous vouliez toujours garder Facebook mais seulement pour vos amis, vous deviez trouver manuellement plus d’une centaine de paramètres sur d’innombrables pages cachées. Ensuite, ils ont abandonné ces paramètres pour forcer les informations à être publiques de toute façon.

Pourquoi est-ce que vous vous frappez tout seul ? :)

Vente de vos recommandations sans votre accord

Vous avez sûrement déjà remarqué des publicités Facebook avec une recommandation de vos amis en dessous. En gros, Facebook donne aux annonceurs le droit d’utiliser vos recommandations, mais vous n’avez aucun contrôle dessus. Cela ne concerne pas simplement quand vous cliquez sur un bouton « J’aime ». Il y a des cas connus de végétariens qui recommandent McDonald’s, d’une femme mariée heureuse qui recommande des sites de rencontres, et même un jeune garçon qui recommande un sex club à sa propre mère !

Ces cas étaient si embarrassants que les personnes concernées s’en sont rendu compte. Les gens les ont appelées. Mais dans la plupart des cas, ces « recommandations » ne sont pas découvertes – les gens pensent qu’elles sont vraies. C’est encore plus effrayant, car Facebook est largement utilisé pour la promotion politique, et la recommandation de produits. Les gens savent que j’ai déjà collecté des fonds pour le soutien d’enfants malades du cancer, donc cela ne les étonnera peut-être pas de voir une publicité où je recommande un programme chrétien d’aide aux enfants pauvres en Afrique. Mais je ne soutiens absolument pas les programmes qui ont une tendance religieuse, car ils sont connus pour favoriser les gens qui se convertissent. Pire, des gens pourraient s’imaginer des choses fausses sur mes convictions religieuses à partir de ces fausses recommandations. Et je passe sur tous les trucs à la mode sur les startups que je ne cautionne pas !

Ils profitent de la confiance que vos proches ont en vous

Nous n’avons aucun moyen de savoir si notre cautionnement a été utilisé pour vendre des conneries ineptes en notre nom. Je n’ai pas envie d’imaginer ma mère gâcher son argent en achetant quelque chose qu’elle pensait que je cautionnais, ou les investisseurs financiers de ma startup voir des publicités pour des produits inutiles avec mon visage en dessous.

Utiliser Facebook signifie que ce genre de chose se produit à tout moment. Les publicitaires peuvent acheter votre cautionnement sur Facebook et vos informations à des revendeurs de données extérieurs. Vous n’êtes jamais mis au courant de ça et vous ne pouvez pas le désactiver.

Les derniers changements en matière de vie privée

Finalement, je veux expliquer comment ce dernier changement dans nos vies privées engendre des choses encore pires, et la manière dont vous continuerez à en perdre le contrôle si vous restez sur Facebook.

L’usage de Facebook exige de vous suivre à la trace, de connaître ce que vous achetez, vos informations financières comme les comptes bancaires et les numéros de carte de crédit. Vous avez donné votre accord dans les nouvelles « conditions de service ». Ils ont déjà commencé à partager des données avec Mastercard. Ils utiliseront le fait que vous êtes restés sur Facebook comme « la permission » d’échanger avec toutes sortes de banques et institutions financières afin d’obtenir vos données d’eux. Ils diront que c’est anonyme, mais comme ils dupent vos amis pour qu’ils dévoilent vos données aux tiers avec des applications, ils créeront des échappatoires ici aussi.

Facebook insiste aussi pour suivre à la trace votre emplacement via le GPS de votre téléphone, partout et tout le temps. Il saura exactement avec qui vous passez votre temps. Il connaîtra vos habitudes, il saura quand vous appelez au travail pour vous déclarer malade, alors que vous êtes au bowling. « Machin a aimé : « bowling à Secret Lanes a 14h. » ». Ils sauront si vous faites partie d’un groupe d’entraide de toxicomanes, ou allez chez un psychiatre, ou un médium, ou votre maîtresse. Ils sauront combien de fois vous êtes allé chez le médecin ou à l’hôpital et peuvent le partager avec d’éventuels assureurs ou employeurs. Ils sauront quand vous serez secrètement à la recherche d’un travail, et vendront votre intérêt pour des sites de recherche de travail à vos amis et collègues – vous serez dévoilé.

Ils sauront tout ce qui peut être révélé par votre emplacement et ils l’utiliseront pour faire de l’argent.

Et – tout sera fait rétrospectivement. Si vous restez sur Facebook après le 30 janvier, il n’y a rien qui empêchera tout vos emplacements et vos données financières passés d’être utilisées. Ils obtiendront vos localisations passées avec vos amis vérifiés – donc avec vous, et les données GPS stockées dans les photos ou vous êtes identifiés ensemble. Ils extrairont vos vieux relevés financiers – ce médicament embarrassant que vous avez acheté avec votre carte de crédit il y a 5 ans sera ajouté à votre profil pour être utilisé selon les choix de Facebook. Il sera vendu à maintes reprises et probablement utilisé contre vous. Il sera partagé avec des gouvernements et sera librement disponible pour des tas d’entreprises « tierces » qui ne vendent rien que de données personnelles et éliminent irréversiblement votre vie privée.

Désormais c’est irréversible.

Les données relatives à votre géolocalisation et vos moyens financiers ne sont pas seulement sensibles, elles permettent à des entreprises tierces (extérieures à Facebook) de dés-anonymiser des informations vous concernant. Cela permet de récolter toutes sortes d’informations disponibles sur vous, y compris des informations recoupées que vous n’avez pas spécifiées. C’est un fait que même Facebook lui-même ne parvient pas à maintenir totalement le caractère privé des données – on ne peut pas dire que ça les préoccupe, d’ailleurs.

C’est sans précédent, et de même que vous n’avez jamais pensé que Facebook puisse revendre vos libertés lorsque vous vous êtes inscrits en 2009, il est trop difficile de prédire quels revenus Facebook et les vendeurs de données tiers vont tirer de cette nouvelle énergie dormante.

C’est simplement une conséquence de leurs nouveaux modèles économiques. Facebook vous vend au plus offrant, parce que c’est comme cela qu’ils font leur beurre. Et ils subissent des pressions monstrueuses de leurs investisseurs pour en faire plus.

Qu’est-ce que vous pouvez faire de plus à ce sujet ? Facebook vous offre deux possibilités : accepter tout cela ou sauter du bus Facebook.

Pour être honnête, ce bus est de plus en plus fou et pue un peu, n’est-ce pas ? Il y a de plus en plus de problèmes qui prennent des proportions sidérantes. Entre vous et moi, je doute que les choses s’orientent vers quelque chose de rationnel un jour…

Comment se tirer de ce pétrin

Image par Kvarki1 (CC BY-SA 3.0 ), via Wikimedia Commons

 

D’après la décision de justice rendue il y a quelques années par le FTC (Federal Trade Commission, NdT), après que Facebook a été poursuivi par le gouvernement des États-Unis pour ses pratiques en matière de vie privée, Facebook est « tenu d’empêcher que quiconque puisse accéder aux informations d’un utilisateur plus de 30 jours après que cet utilisateur a supprimé son compte ».

On peut l’interpréter de différentes façons. Certains disent qu’il faut supprimer chacune de vos publications, une par une ; d’autres disent qu’il faut supprimer votre compte, et d’autres disent qu’ils garderont vos données quand même – tout ce que vous pouvez faire, c’est arrêter de leur donner plus d’informations. Et puis, il y a les courtiers en données qui travaillent avec Facebook, qui ont déjà récupéré vos informations.

Donc supprimer votre compte Facebook (pas simplement le désactiver) est nécessaire pour arrêter tout ça, puis il y a quelques autres étapes à suivre pour tenter de réparer les dégâts :

Préparation (facultative)

  1. Utilisez l’outil « Créer mon archive » de Facebook
  2. Récupérez vos photos. J’ai utilisé cette application Android puisque l’outil Facebook ne vous permet pas de récupérer toutes vos photos, ni dans leur résolution maximale (j’ai aussi téléchargé la page avec ma liste d’amis, simplement en faisant défiler la page jusqu’en bas pour charger tout le monde, puis en cliquant sur Fichier -> Enregistrer. Honnêtement, je n’ai pas eu besoin du fichier jusqu’à présent. Il s’avère que je n’ai pas besoin d’un ordinateur pour savoir qui sont mes amis).
  3. Si vous voulez vraiment être minutieux, supprimez vos publications Facebook une par une, grâce à ce script. Cela peut être nécessaire, selon comment on interprète ce que Facebook peut conserver.
  4. Ensuite, il y a toutes les applications que vous avez utilisées. C’est l’une des plus grosses failles de Facebook, car cela leur permet de dire qu’ils ne peuvent pas contrôler ce que les applications font avec vos données une fois que vous les leur avez données. Du coup, j’ai sauvegardé sur mon disque dur la page de paramètres qui montre quelles applications j’ai utilisées, et j’ai désactivé l’accès de chacune d’elles manuellement. Chacune de ces applications a sa propre politique de confidentialité – la plupart sont une cause perdue et prétendent avoir des droits illimités sur mes informations, donc je les coupe simplement et je passe à autre chose.

Supprimer votre compte

Supprimez carrément votre compte Facebook, ne laissez aucune chance à Facebook de réapparaître en utilisant seulement la fonction « Désactiver ».

Précautions supplémentaires

Facebook pourra toujours vous pister avec un « compte fantôme », mais cela peut-être bloqué.

Pour empêcher Facebook (et consort) de surveiller ce que je lis sur internet (ils le font même si vous n’avez pas de compte), j’utilise Firefox avec l’option « Ne pas me pister » activée.

Si vous n’utilisez pas Firefox, EFF a un plugin pour votre navigateur appelé Privacy Badger (et pendant que l’on y est, l’EEF a fait en sorte que ce plugin génial choisisse automatiquement le serveur qui dispose de la connexion la plus sécurisée, cela rend plus difficile d’intercepter votre activité numérique pour l’industrie de l’information).

Il y a aussi les données qui ont été transmises illégalement aux « data brokers ». Vous pouvez demander que ces données soient retirées.

Comment remplacer Facebook ?

Mise à jour 2017 : au début, je pensais essayer des alternatives à Facebook. Je ressentais un besoin de remplacer Facebook par quelque chose de similaire comme Diaspora, mais l’e-mail et le téléphone se sont révélés bien meilleurs ! Après un mois sans Facebook, je n’ai plus ressenti le besoin de le remplacer. Les coups de téléphone ont suffi, figurez-vous. Tout le monde en a déjà un, et on oublie combien ils sont super faciles et pratiques à utiliser. Je vois moins de photos, mais je parle à des gens pour de vrai. Plus récemment, nous sommes tous allés sur un grand salon de messagerie instantanée. Je recommande actuellement Signal pour faire ça. Vous pouvez faire des appels, chatter et partager des photos de façon chiffrée, et très peu de choses sont stockées sur leurs serveurs. En fait, c’est bien mieux que Facebook, puisque c’est plus instantané et personnel.

Si vous avez d’autres idées ou conseils, merci de me joindre. Je considère ceci comme une étape responsable pour éviter qu’on me prive de ma liberté, et celle de ma famille et mes amis, et que nos relations personnelles en pâtissent.

Gardez bien à l’esprit que ce n’est pas juste une question technique. En restant sur Facebook, vous leur donnez l’autorisation de collecter et d’utiliser des informations sur vous, même si vous n’utilisez pas Internet. Et en y restant, les données qu’ils collectent sur vous sont utilisées pour créer des modèles sur vos amis proches et votre famille, même ceux qui ont quitté Facebook.

Internet est libre et ouvert, mais ça ne veut pas dire que nous acceptons d’être espionnés

Pour finir, le monde est rempli de gens qui disent « ça n’arrivera jamais », et quand cela finit par arriver, cela se change en « on ne peut rien y faire ». Si, on peut. Internet a été décentralisé pendant 50 ans, et contient un tas de fonctionnalités faites pour nous aider à protéger nos vies privées. Nous avons notre mot à dire sur le monde dans lequel nous voulons vivre – si nous commençons par agir à notre niveau. Et en plus, nous pouvons aider tout le monde à comprendre, et faire en sorte que chacun puisse faire son propre choix éclairé.

Cet article a maintenant été lu par 1 000 000 personnes. C’est un signe fort que nous pouvons nous informer et nous éduquer nous-mêmes !

Merci de partager ceci avec les gens qui vous sont importants. Mais honnêtement, même si cet article est vraiment populaire, il est clair que beaucoup de gens pensent savoir ce qu’il contient. Partager un lien n’est jamais aussi efficace que de parler aux gens.

Si vous avez lu jusqu’ici et que vous voulez partager avec un proche, je vous suggère de faire ce que j’ai fait – décrochez votre téléphone.

Une question pour vous

Cet article a été écrit en réaction à la politique de confidentialité de janvier 2015, il y a 2 ans. Ça a toujours été un article populaire, mais en janvier 2017, il a connu un pic de popularité. Je me demande bien pourquoi, et ça serait sympa si vous pouviez me dire ce que vous en pensez, par Twitter ou par e-mail.

Je me demande pourquoi mon article sur la vie privée sur Facebook (qui date de plusieurs années) subit une vague de popularité depuis la semaine dernière. Des idées ?
– Salim Virani (@SaintSal) 8 janvier 2017

Sources

Une petite note sur la qualité de ces sources : j’ai essayé de trouver des références dans des médias majeurs, avec tout un échantillon de biais politiques. Ces articles sont moins précis techniquement, mais on peut s’attendre à ce qu’ils soient plus rigoureux que les blogs pour vérifier leurs sources. Pour les aspects plus techniques, d’autres sources comme The Register sont certainement plus crédibles, et Techcrunch est notoirement peu fiable en matière de fact-checking. J’ai toutefois inclus certains de leurs articles, parce qu’ils sont doués pour expliquer les choses.

Articles en anglais

 

Articles en français (n’hésitez pas à allonger cette trop courte liste dans vos commentaires)


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 713069

Suivre la vie du site fr    ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.26 + AHUNTSIC , Powered by Mana

Creative Commons License